24 octobre 2021

AUKUS : Quand les USA sifflent la fin de partie

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En 2016, l’Australie signait avec DCNS (société de droit privé devenue Naval Group en 2017, détenue à hauteur de 62,49 % par l’État français et de 35 % par Thales) un très gros contrat pour la fourniture de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle. L’équipementier américain Lockheed-Martin intervenant en sous-traitant, devait fournir le système de combat.

La décision australienne rendue le 15 septembre 2021 de dénoncer le contrat avec Naval Group et de s’engager dans un partenariat tripartite avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni sur la fourniture de sous-marins de la Classe Collins à propulsion nucléaire, met fin à 10 ans d’efforts de la diplomatie française et du complexe militaro-industriel hexagonal.

Ce revirement est un coup dur pour l’industrie navale française. Le contrat global d’un montant de 50 milliards de dollars (soit 31 milliards d’euros, dont 8 environ pour Naval Group et les industriels français associés à ce programme) prévoyait des transferts de technologies, et une large implication de l’industrie navale australienne avec des retombées importantes sur l’emploi du pays continent. Le montant du contrat s’était alourdi depuis sa signature, comme dans bien des cas s’agissant de contrats d’armement.

Mais cette rupture unilatérale du contrat est lourde de signification, et de conséquences.

Conformément au cahier des charges initial, les sous-marins de fort tonnage (4750 tonnes en plongée) étaient une version conventionnelle dérivée du sous-marin nucléaire d’attaque français (SNA) de type Barracuda. Cette exigence était conforme aux engagements politiques du client australien signataire en 1985 du traité de Rarotonga (Iles Cook) créant une zone dénucléarisée dans le Pacifique Sud.

Il faut se souvenir que dans les années 60-70, les puissants mouvements anti-nucléaires de gauche avaient poussé les gouvernements du Pacifique Sud à soustraire la zone aux risques d’une contamination et d’un conflit nucléaire.

Les essais nucléaires que le gouvernement français avait poursuivis depuis 1966 sur les atolls de Mururoa et de Fangataufa avaient suscité des inquiétudes et des oppositions locales et internationales. Le 10 juillet 1985, le Rainbow Warrior, un bateau de l’organisation écologiste Greenpeace en route vers l’atoll était coulé à Auckland en Nouvelle-Zélande par des agents des services secrets français. La Z.D.P.S. étant formée le 6 Août 1985 par huit Etats signataires, la France observera pendant plusieurs années un moratoire sur ses essais nucléaires. Le président Jacques Chirac autorisera en 1995, une dernière campagne d’essais, avant la ratification du traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

La zone étant donc très sensibles aux questions du nucléaire tant civil que militaire, la société Naval Group avait développé une offre de sous-marins dotés de systèmes de propulsion anaérobie (ou AIP, abréviation de Air Independent Propulsion) conçus autour de piles à combustible et d’un moteur à propulsion diesel-électrique en circuit fermé. Le contrat, remporté dans une compétition internationale face aux concurrents russe, suédois, espagnol, allemand et japonais, devait conduire à un début de fabrication du premier sous-marin en 2021 pour une mise en service en 2030, le dernier sous-marin devant sortir des chantiers en 2050 et naviguer jusqu’en 2085.

Les Etats-Unis ont sifflé la fin de partie. Afin de contrer l’influence de la Chine dans la région Indo-Pacifique, ils ont mis en place une alliance tripartite appelé « AUKUS » regroupant leurs vassaux britannique et australien. L’Australie a donc annoncé l’annulation du programme français afin de se procurer des sous-marins à propulsion nucléaire. Les conséquences doivent être évaluées à plusieurs niveaux :

– Quid du respect des traités internationaux ? Les Etats-Unis n’ont que faire des états d’âmes des peuples, et de leur souveraine méfiance à l’égard du nucléaire. Ils bafouent les règles de droit international quand celles-ci dérangent leurs intérêts, et entraînent avec eux dans leurs conflits, des peuples qu’ils ne respectent pas, et vis-à-vis desquels ils ne se sentent aucunement redevables

– Vers un regain des tensions sino-américaines ? L’Alliance AUKUS et la réapparition d’armes nucléaires dans le Pacifique Sud ouvre la voie à une nouvelle guerre froide sino-américaine

– La France, acteur du jeu stratégique indopacifique ? Toute fière de son alignement atlantiste et se sentant confortée par l’Oncle Sam à s’imaginer un rôle dans le Pacifique, la France vient de se prendre un camouflet en se faisant sortir du jeu. Le statut de vassal est ingrat.

– Avis de tempête dans le microcosme politique français ? Le socialo-franc-maçon Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense puis des affaires étrangères sur ce dossier, en prend pour son grade. Celui de trouffion consommable dans la grande compétition du Who’s Who politico-marchand. Il a les boules Jean-Yves, mais la franc-maçonnerie n’est pas avare de trahisons et d’humiliations publiques. Et que dire des insignifiants Sarkozy, Hollande et Macron, quantités négligeables dans la tectonique des rapports de force planétaires ? Les autres sont la piétaille qui exécute.

Cette affaire est un camouflet, pour une France colonisée qui ne s’appartient plus. Et tout ce petit monde fulmine, du directeur du systémier naval de défense français au politique, en passant par le fonctionnaire des affaires étrangères ou celui du ministère des armées. Les marquis bleu blanc rouge hurlent à la trahison, au coup de poignard dans le dos, à grands renforts de communiqués de presse. Dix ans de travaux sont balayés par un simple communiqué de Camberra. La France est une Nation continentale. A se prostituer dans le jeu otanien du capitalisme maritime prédateur anglo-saxon, elle se trompe d’alliances, elle se dilue. Elle a déjà perdu sa souveraineté, sa dignité et sa grandeur.

Sa grandeur, elle la retrouvera si, purgée de ses adorateurs du veau d’or, elle décide de redevenir une Nation, si elle s’occupe de ses affaires et de son peuple, au lieu de s’employer à faire du commerce dans l’ombre des pillards au long cours. Elle sera respectée si elle s’affranchit de ses maîtres mondialistes, et si elle s’emploie à renouer des relations équilibrées, apaisées et authentiques avec ses voisins.


Article écrit par Stefan Singel 

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