5 juillet 2022

Entretien de Scipion de Salm ( Rivarol), à propos de l’actualité géopolitique, par le Cosaque

18 min read
8642 Views

1) Scipion de Salm bonjour, merci de nous accorder cet entretien. Vous êtes éditorialiste auprès du journal Rivarol au sein duquel vous vous distinguez par vos articles géopolitiques, pouvez-vous d’abord nous préciser votre parcours ?

Bonjour, c’est très volontiers. J’ai de la sympathie pour votre média alternatif, Le Réveil des Moutons. Il est courant de disserter sur le sujet ; il est remarquable d’agir concrètement dans ce domaine. Bravo !
Je suis fondamentalement un militant nationaliste depuis les années 1990, soit l’adolescence. Je n’ai pas changé, mais j’ai vu très tôt le FN lui muter, pour le pire, et j’en suis donc parti il y a 20 ans. J’ai continué à militer dans de petites structures nationalistes authentiques ; elles n’ont pas connu le succès, hélas, mais j’ai toujours combattu aux côtés d’excellents camarades.

J’ai une formation en sciences politiques et histoire. Je n’ai pas pu faire carrière dans les universités tenues par le Système ; et c’était bien avant l’hystérie « woke » actuelle ; depuis, il, est clair que, même si j’avais su stratégiquement me taire à certaines occasions, ça n’aurait rien changé sur le long terme. Aucun regret in fine à ce sujet. Donc j’ai pu consacrer pour l’essentiel de mon activité, à partir du début des années 2010, à l’écriture d’articles pour Rivarol. Je collabore aussi à d’autres publications de la mouvance, comme Synthèse nationale ou Réfléchir et Agir. Toutes ces publications sont utiles à la formation militante. Il faut les lire, s’abonner -ce qui permet leur survie- ; même si je n’y participe pas, il faut soutenir aussi Présent. Une presse libre abondante d’opposition est un signe de vitalité du débat, et, même si c’est loin d’être mon idéal en soi, de démocratie, système préférable à la dictature actuelle, mise en place sous prétexte sanitaire. Je ne peux que regretter la disparition de tant de titres historiques, comme Minute (février 2020). Ce danger guette toutes les bonnes publications ; il faut soutenir avant qu’il ne soit trop tard. C’est le cas pour tous les médias alternatifs de qualité comme Le Réveil des Moutons.

Mon travail principal est donc à Rivarol, et sa revue Ecrits de Paris, publications qui s’affirment depuis les années 1950 comme le carrefour des droites nationales et identitaires authentiques. Aujourd’hui encore, elles y sont à peu près toutes présentes, sauf les sionistes -du fait de la passion romantique de l’ami Jérôme Bourbon (notre directeur depuis 2010) pour la cause palestinienne-, ce qui permet l’essentiel, un authentique débat d’idées. Je me situe dans le courant réaliste, essayant de comprendre, et d’expliquer la complexité du monde ; comme je n’ai plus hélas 14 ans depuis très longtemps, j’évite absolument la fausse-explication facile du Complot. Il y a certes en histoire comme en géopolitique, des manœuvres occultes, des coups tordus, mais qui réussissent plus ou moins, et ne fonctionnent jamais comme explications globales de la marche du monde.

 

Si l’on s’attache aux intérêts des Etats, aux volontés des populations, on comprend mieux les choses, et c’est parfaitement valable de l’antiquité et nos jours, et ce pour toutes les civilisations humaines. Il y a aussi les intérêts, économiques et sociaux, et, surtout les croyances : les Croisades s’expliquent par la conception de la Chrétienté du Xième au XIIIème siècle ; de même la « croisade antifasciste » explique seule la guerre décisive des Etats-Unis contre le Japon -avec une guerre économique dès 1940- ou l’Allemagne, puissances ne menaçant alors en rien les Etats-Unis ; le djihadisme international relève, avec une métaphysique différente, d’un Etat d’esprit grossièrement semblable. Je crois en la sincérité des religieux ou idéologues justifiant tous les types de croisades ; c’est d’ailleurs souvent plus inquiétant, car irrationnel, que la recherche d’intérêts économiques ou politiques rationnels cachés -et tellement cachés qu’ils n’existent pas-. Pour ne pas être mal compris, j’éprouve une vive admiration pour les vrais croisés historiques de Godefroy de Bouillon à saint Louis. Mais je refuse absolument toutes les croisades idéologiques.

Si ces principes de base s’appliquent à toutes les civilisations humaines, dès que l’on s’éloigne dans le temps et l’espace, par rapport à la France de 2022, c’est évidemment plus difficile. Je me livre toujours à un grand travail de documentation avant d’écrire mes articles. L’histoire est souvent l’explication la plus profonde de la géopolitique : par exemple savoir que Kiev, capitale actuelle de l’Ukraine, est aussi, littéralement, la Cité-fondatrice de la Russie, il y a plus de 1000 ans (en 882), aide à comprendre la crise de cet hiver 2021-2022 ; pour la Russie, l’Ukraine relève de son territoire historique le plus ancien, thèse évidemment rejetée par les Ukrainiens, séparés des Russes par les conséquences de long terme des invasions mongoles du XIIIème siècle.

 

2) L’actualité géopolitique est particulièrement dense ces derniers temps, commençons par l’Ukraine qui déchaîne les passions. Voyez-vous comme la presse occidentale une invasion russe imminente ?

 

Je pense qu’il y a un danger réel d’invasion russe de l’Ukraine. Mais danger ne veut pas dire certitude de l’invasion. La Russie a été en effet provoquée par l’OTAN et les dirigeants ukrainiens, dans ce qu’elle considère comme son « étranger proche », soit la zone frontalière, couvrant ses intérêts absolument vitaux. Sans souhaiter le moins du monde, bien au contraire, une guerre entre Nations européennes, il faut comprendre le point de vue russe. Et il n’incite pas à l’optimisme béat sur le sujet.

La vérité géopolitique est à trouver, comme souvent, quelque part entre les propagandes contraires, l’OTAN assurant d’une invasion russe imminente, la Russie du caractère profondément pacifique et innocent de la politique extérieure de Poutine. Or, Poutine a déjà envahi partiellement l’Ukraine en 2014, libérant la Crimée, et la Géorgie en 2008. Il a servi à ces occasions les intérêts géopolitiques nationaux de la Russie, certainement ; il n’en reste pas moins qu’il n’a manifestement aucun scrupule moral sur une éventuelle invasion de l’Ukraine. L’armée russe peut très bien balayer son adversaire ukrainienne, et, en décembre 2021, elle a occupé de bonnes positions de départ, en Russie ou Biélorussie, pour réaliser des actions offensives décisives sur le territoire ukrainien. Poutine a délibérément menacé l’Ukraine. Mais n’est-ce qu’une menace ?

Aujourd’hui, le mercredi 16 février, date précise d’invasion russe annoncée par Biden il y a une semaine, force est de constater qu’elle n’a pas eu lieu. D’où un climat de très légère détente. Mais ce n’est peut-être que partie remise. Les questions de fond demeurent. L’Ukraine reste ainsi en guerre larvée avec la Russie pour ses provinces orientales séparatistes depuis le printemps 2014. La Russie voudra certainement résoudre, à son avantage, ce problème un jour ou l’autre, dans cette région frontalière précise qui n’est pas forcément certes l’Ukraine dans son ensemble.

 

3) Quelles sont selon-vous, les causes de cette situation ?

 

La cause principale de court terme est une manœuvre de Biden, qui vise à consolider l’OTAN. Cette alliance, dominée de façon écrasante par les Etats-Unis, soutenable face au péril soviétique réel en Europe occidentale en 1949, souffre au fond quand même d’un problème de légitimité face à la disparition du péril soviétique depuis 1989 (Chute du Mur de Berlin) ou 1991 (éclatement de l’URSS) au plus tard. Pourquoi cette extension continue après 1991 jusqu’aux frontières de la Russie, comme en Estonie ou en Lettonie ? Ceci ressemble quand même, à des provocations dangereuses, et ce pour des zones sans enjeux réels pour l’économie mondiale, ou la sécurité de l’Europe occidentale, ou a fortiori des Etats-Unis. Trump, l’ancien président, avait menacé de dissoudre l’OTAN ; il ne l’a pas fait malheureusement. L’OTAN était donc menacée de décomposition intérieure.

Or, une invasion russe de l’Ukraine redonnerait un sens plein et entier pour l’OTAN : il s’agirait de soutenir des pays européens face à une menace russe réelle. Ce discours fonctionne déjà parfaitement, face à une menace russe potentielle, non seulement dans les Pays Baltes, en Pologne, en Moldavie et Roumanie, traumatisés pour des raisons historiques, avec de nombreuses invasions russes au fil des siècles et la dernière en 1944 s’accompagnant du communisme imposé partout, mais aussi en Scandinavie, en Suède comme en Finlande, pays traditionnellement neutres et prudents.

Aussi, une invasion russe de l’Ukraine, par hypothèse, sauverait l’OTAN sur le long terme, du moins à vue humaine, et provoquerait son extension avec les adhésions possibles sinon probables de la Suède, la Finlande, la Moldavie, voire, et ce serait des provocations très délibérées mais envisageables, des pays en guerre larvée ou ouverte contre la Russie, comme la Géorgie ou l’Ukraine, même réduite dans les faits à une Ukraine « libre » de superficie très réduites dans les Carpathes. Ainsi, la domination américaine sur l’Europe serait consolidée comme jamais, et la Russie très affaiblie par une guerre économique, voire une guérilla permanente en Ukraine occupée -hypothèse invérifiable en l’état bien sûr, ni certaine ni absurde-.

Biden cherche aussi classiquement une distraction majeure sur le plan intérieur. Il n’est pas populaire, moins que Trump, arrive difficilement ou pas du tout à faire voter ses projets importants au Congrès, en particulier au sénat, car les républicains demeurent unis dans l’opposition, tandis que les démocrates sont déchirés entre un centre-gauche historique et une extrême gauche radicale « Woke », qui déteste par principe raciste tous les Blancs, Biden inclus. Il espère rassembler son parti, et une proportion signification des républicains en rejouant les discours de la guerre froide des années 1950-1960. La manœuvre fonctionne d’ailleurs en partie.

Si l’on s’intéresse aux causes les plus profondes, lointaines, il y a le débat, qui existe depuis le dix-huitième siècle sur les Ukrainiens, et la Nation ukrainienne. Les Ukrainiens sont-ils une variante régionale des Russes, comme les Cosaques du Don, les Russes de la Volga, ou les Sibériens, etc., ou une Nation à part, clairement distincte depuis le treizième siècle ? La question, complexe, n’est pas soluble, et certainement pas de façon évidente ou consensuelle. Il existe un continuum, observable dans la langue, entre les populations slaves des prairies (steppe est un russisme emprunté au français, techniquement faux), des piémonts orientaux des Carpathes, nettement ukrainiens, ukrainophones, jusqu’à Rostov, variante régionale russe très marquée par les Cosaques du Don. L’ukrainien normalisé aujourd’hui est une langue clairement distincte du russe, basé sur les dialectes occidentaux de l’ukrainien.

Aujourd’hui, la région de Kiev est plutôt ukrainienne, de culture et de sentiment, Donetsk, la capitale d’une république populaire russe séparatiste, franchement russe ; le partage reste particulièrement délicat pour Kharkov ou Odessa. Les nationalistes sont très influents dans le domaine des idées en Ukraine et Russie, ce qui change positivement en soi de la France, mais n’incite guère à la paix quand ils s’opposent frontalement : les nationalistes ukrainiens veulent reconquérir Donetsk, avec l’aide de l’OTAN au besoin, voire la Crimée dans leurs rêves, tandis que les nationalistes russes exigent la fondation d’une Ukraine russe ou Nouvelle-Russie, selon la domination de la région dans le cadre de l’Empire russe des années 1780 à 1914, formée de la moitié méridionale et orientale du territoire ukrainien actuel, avec une perspective de long terme de « réunification » avec la Russie.


Les nationalistes ne sont certes au pouvoir ni à Kiev ni à Moscou ; Zelensky -juif ukrainien- et Poutine se veulent seulement des patriotes, sous la pression politique de bien plus radicaux qu’eux. En Russie, le principal parti d’opposition, le parti communiste, champion depuis les années 1990 d’un national-communisme réécrivant l’histoire de l’URSS -de façon délirante, mais beaucoup y adhèrent-, a ainsi exigé l’invasion de l’Ukraine, pour « libérer » ce pays. Or, les Ukrainiens de Kharkov comme Odessa, souvent mal à l’aise avec le discours nationaliste ukrainien, ne souhaitent pas être « libérés » pour autant par des chars russes.

 

4) On observe de manière paradoxale un renforcement des dialogues bilatéraux entre les Etats-Unis et la Russie, comment expliquez-vous cette évolution ?

 

Poutine est un dirigeant réaliste, qui veut aller à l’essentiel. Où est le pouvoir réel ? Certainement pas à Paris ou Londres, mais à Washington. Si Macron acceptait des propositions russes, par hypothèse, ceci ne suffirait pas pour apaiser la crise ; si c’était Biden, directement, le problème, serait, pour un temps, réglé.

 

5) Parallèlement, les acteurs géopolitiques européens sont relégués au second plan, la récente visite d’Emmanuel Macron à Moscou a démontré le déclassement de la diplomatie française, comment en sommes-nous arrivés à ce stade ?

 

En fait, la France pèse peu dans le monde depuis la défaite majeure de 1940. Elle a été balayée en quelques semaines par l’Allemagne, vaincue et occupée. De première puissance du monde selon beaucoup, au moins puissance militaire, elle a définitivement chuté dans l’estime des analystes sérieux, et ne cesse de le faire depuis. La France a encore perdu du poids avec la décolonisation -constat de fait, quoiqu’en pense- dans les années 1950-1960, disparaissant de l’Asie, et ne menant plus qu’un néocolonialisme peu inspiré en Afrique, qui connait d’ailleurs en 2022 peut-être sa crise finale.

En outre, la désindustrialisation, massive depuis les années 1980, a achevé de faire tomber notre pays à un poids négligeable dans le monde, à peu près au niveau du Brésil ou de l’Inde, qui ont des poses assez semblables de « puissances alternatives », mais pèsent aussi en réalité peu. S’est ajoutée encore la vassalisation de la France dans l’OTAN, peut-être démarche tristement réaliste dans les années 1950, mais suivisme lamentable et indéfendable depuis les années 1990. De plus, l’intégration économique et financière dans l’Union Européenne a été sur le long terme un échec : le cœur économique, industriel et financier de l’UE, est manifestement en Allemagne -simple constat, sans germanophobie-, et la France n’a pas prospéré du tout. Le verbe gaulliste, flamboyant, de 1940 à 1970, n’a guère fait illusion qu’en France ; et en pratique, de Gaulle a réalisé le contraire de son programme affiché de grandeur et d’indépendance.

Ainsi, la France ne cesse de voir son influence générale, à tous les niveaux -les artistes français, phares culturels en 1900, n’ont plus intéressé du tout déjà en 1950 par exemple dans le monde-, s’effondrer depuis 1940. Il ne faut donc pas s’étonner que sa diplomatie sous Macron ne pèse rien. Elle finit méprisée jusqu’au Mali en 2022, c’est dire, donc bien évidemment a fortiori en Russie ou aux Etats-Unis. Le personnage particulier, pour le moins, de Macron, n’arrange rien certainement à la chose, mais le fond du problème reste notre déclassement structurel depuis 1940, pas de savoir si Brigitte et Jean-Michel sont la même personne.

 

6) Quelles lectures seraient selon vous indispensables pour saisir les enjeux de la géopolitique moderne ?

 

Je conseille tout d’abord la lecture de la revue Conflits, la meilleure publication en langue française de géopolitique, qui propose une demi-vulgarisation de qualité. Elle livre les meilleures clefs de compréhension pour les questions géopolitiques contemporaines.

L’émission Le Dessous des Cartes, produite par la chaîne franco-allemande Arte, est souvent intéressante, sauf lorsqu’il s’agit des délires gauchistes à la mode sur les migrants, le climat, la covid, ce qui fait quand même un quart des sujets. Mais les 75% restants sont en général de qualité. Ces cartes sont régulièrement éditées en atlas.

Sinon, quels livres fondamentaux lire effectivement ?

La géopolitique est avant tout un travail sur des cartes, plus que des discours. Les meilleures disponibles sont celles de l’Atlas des Crises et des Conflits de Pascal Boniface et Hubert Védrine. Ces deux auteurs sont tout sauf de nos amis politiques, mais ils maîtrisent vraiment les sujets évoqués.

Je me retiendrai, pédantisme facile, de citer en recommandation impérieuse les ouvrages attendus de Mackinder, Spykman, etc…Ils ont connu une pertinence maximale vers 1910 ou 1940. Ils peuvent servir, dans une certaine mesure, à saisir les décisions politiques et militaires prises par les acteurs du temps en 1914 ou 1940. Mais l’intérêt s’avère limité pour comprendre le monde d’aujourd’hui. Ils sont clairement dépassés. Ils sont marqués aussi par la tendance typique de la première moitié du vingtième siècle des sciences humaines à vouloir imiter les sciences dures, et applique aux sociétés humaines des modèles géométriques au fond trop artificiels. Possèdent un intérêt historique semblable l’amiral Castex et Couteau-Béguarie, qui savent penser le rôle géopolitique des mers et des océans. Mais ils ne sont pas absolument fondamentaux non plus pour appréhender le monde d’aujourd’hui.

A fortiori, on évitera les énergumènes à complots, souvent mêlés de métaphysique ou métapolitique laborieuses et de prédictions apocalyptiques presque toujours infirmées par les faits. Pour des raisons diplomatiques évidentes, je me retiendrai de dresser ici une liste surabondante. Là, c’est vraiment perdre son temps. J’en ai pourtant lu beaucoup par obligation professionnelle. Autant s’épargner cette peine inutile.

Ainsi, pour répondre enfin positivement sur le plan de la géopolitique théorique, le penseur le plus pertinent pour comprendre notre époque reste Huntington et son Choc des Civilisations. A l’époque, les années 1990, alors celles du triomphe médiatique de l’utopie du « nouvel ordre mondial » qui devait amener enfin vraiment la paix dans le monde et la construction d’une société cosmopolite harmonieuse -autour du concept fumeux de « citoyen du monde »-, il a rappelé frontalement les fondamentaux des sociétés humaines. Les civilisations sont concurrentes, en lutte les unes contre les autres. L’immigration de masse, aux Etats-Unis comme en Europe occidentale, ne constitue nullement quelque étape joyeuse de l’édification d’une humanité cosmopolite apaisée, mais une guerre de conquête, modérément sanglante dans son ensemble, pour l’instant, mais dommageable pour les pays d’accueil, menaçant leur existence sur le long terme. La lutte démographique entre populations est essentielle pour comprendre la marche du monde, et nous sommes en train de la perdre. On peut écouter aussi tout simplement les discours de Jean-Marie Le Pen des années 1980-1990 sur ces sujets.


Ainsi, les Etats-Unis, si menaçants encore aujourd’hui, et perturbant gravement l’équilibre du monde, de l’Ukraine à Taiwan, s’effondreront complètement du fait des haines raciales internes, avec l’explosion du nombre des Latinos, passés de très marginaux en 1960 à un quart de la population aujourd’hui, et la moitié en 2050. Le Grand Remplacement en Europe occidentale change aussi radicalement, visiblement les choses, avec un avenir prévisible situé quelque part entre le Brésil au mieux, si l’on ose dire, et le Soudan au pire, ce dernier pays présentant le modèle le plus crédible, avec un mélange d’islamisme dominant et de haines raciales virulentes entre Arabes et Noirs. Les zones de rencontres entre civilisations sont en effet partout conflictuelles, en particulier dans les régions que l’islam essaie de conquérir sur ses marges, de l’Europe occidentale au Myanmar, en passant par l’Afrique noire et l’Inde. Ceci n’exclut pas, au sein de mêmes civilisations, les guerres entre Nations ou classes sociales. Mais ce modèle est particulièrement pertinent, et reste au plus à affiner : ainsi, l’Iran, musulman chiite, subit l’opposition violente de l’Arabie Saoudite, du Pakistan, de l’Afghanistan des Talibans, ses voisins, tous musulmans sunnites. Il faudrait donc encore prendre davantage en compte certaines lignes de fractures religieuses ou culturelles au sein même des civilisations.

 

Avec quelques réserves sur son antichristianisme de principe, ses naïvetés sur le projet sioniste, soit plus que des détails quand même, on peut lire aussi avec profit la Guerre civile raciale de Guillaume Faye. Le titre est à comprendre comme une guerre entre les populations installées en France, soit les Gaulois et les allochtones, en particulier allochtones mahométans. Cette guerre a déjà commencé manifestement, et elle explique à la fois le terrorisme et la délinquance ordinaire allochtone massive. Faye applique donc à la France, de façon globalement pertinente, le Choc des Civilisations. Il combine à la fois réalisme et optimisme, dans ce qui constitue à la fois son testament politique et son œuvre la plus achevée.

Enfin, pour se distraire, les ressorts principaux de la géopolitique se retrouvent dans les excellentes séries le Trône de Fer et les Héros de la Galaxie. Les romans (5) comme les 8 saisons du Trône de Fer réussissent à présenter tout un monde parallèle peuplé d’humains, avec quelques ajouts fantastiques ; on peut voir dans les morts-vivants les figures d’autres envahisseurs plus familiers, ou les dragons l’équivalent des armes atomiques, qui peuvent certes tout pulvériser, mais à user en pratique avec discernement ; tout y est sinon, les questions sociales, religieuses, financières, les rapports entre puissances. Le tout en réussissant à distraire. On pourra certes regretter la « bonne » fin facile et un peu artificielle. Les Héros de la Galaxie (2016) proposent en beaucoup plus adulte, au sens positif de profondeur de la réflexion, ce qui n’est pas difficile, de Starwars, un monde futuriste de l’ère spatiale, et ses guerres ; en fait la grande démocratie « libératrice » se montre beaucoup plus agressive que l’empire dictatorial, ce qui est bien observé sur les sociétés humaines.

 

Entretien réalisé par le Cosaque pour le Réveil des Moutons

 

A lire :

_Revue Conflits

_Pascal BONIFACE et Hubert VEDRINE Atlas des Crises et des Conflits Armand Colin/Fayard 2021

_Samuel HUNTINGTON Le Choc des Civilisations Odile Jacob 1997 (rééditions depuis)

_Guillaume FAYE La Guerre civile raciale Editions Conversano 2019

 

Abonnez-vous à Rivarol pour ne rien manquer des publications de Scipion de Salm et soutenir l’hebdomadaire de l’opposition nationale : Abonnements (rivarol.com)

 

Soutenir le Réveil des Moutons : https://www.patreon.com/manuldm

Boutique : https://xn--lerveildesmoutons-dtb.fr/boutique/

1 thought on “Entretien de Scipion de Salm ( Rivarol), à propos de l’actualité géopolitique, par le Cosaque

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code