23 février 2024

La constitution civile du clergé

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En ce 12 juillet, souvenons-nous d’un événement marquant de l’histoire, la constitution civile du clergé. Véritable coup de force contre l’Église en tant que pouvoir temporel et spirituel. Un des premiers fondements de la nation française fut durablement abîmé. Le 12 juillet 1790, à Paris, l’Assemblée constituante adopte la « Constitution civile du clergé » Revenons sur cet acte majeur de la Révolution.

En outre, la France se trouve alors en pleine fureur révolutionnaire et va connaître une nouvelle cicatrice. Les biens de l’Église seront alors entre autres confisqués par l’État révolutionnaire. 

I- Causes et chronologie

Tâchons d’aborder la Révolution telle qu’elle est, dans sa complexité, dans son chaos, mais aussi dans son originalité. Tâchons de nous tenir à l’écart de nos passions afin de remettre en place les pièces d’un puzzle complexe.

Tout d’abord, un énième conflit entre le roi et les parlements virent une nouvelle fois les pouvoirs politiques s’affronter et imposer de nouveaux États généraux. Il y avait plus d’un siècle et demi que la monarchie avait cessé de convoquer les États généraux car ils avaient presque toujours été source de désordre. La France, de tous bords, était avide de réformes. Les caisses royales étaient vides, suite à la Guerre de Sept Ans et à la Guerre d’indépendance américaine. Ces guerres ont effectivement précipité la banqueroute du Royaume. La France se ruina notamment par le système du Ministre des finances Necker en recourant à des crédits illimités auprès des financiers. Sur le plan international d’ailleurs, la France était alors le maître des forces continentales mais aussi des mers. La guerre américaine coûta terriblement cher à la France mais lui permit cependant d’affirmer une certaine supériorité maritime, ce que l’Angleterre ne pouvait tolérer. La France était alors le gendarme de l’Europe qui maintenait l’ordre. Suite aux États Généraux, le constat est sans appel, le royaume est en banqueroute. Les finances ne reviendront dans l’ordre que sous Napoléon. Ce qui a le plus manqué à la monarchie, c’est l’autorité, au moment même où on l’accusait de despotisme.

Necker fut rappelé et eut pleine licence quant à sa politique d’emprunt à marche forcée. De plus, la disette et la famine faisaient rage dans la capitale. Des émeutes avaient déjà éclaté à Paris en 1788. Tout était en place pour que l’agitation fut le maître de la politique. Le 20 juin 1789 suivant, 600 députés des états généraux se déclarèrent assemblée constituante lors du serment du jeu de paume. Véritable coup d’État institutionnel s’il en est où des acteurs politiques s’arrogèrent des prérogatives qui les dépassaient. Le 14 juillet la Bastille fut prise d’assaut et son gouverneur exécuté. Acte symbolique avant tout qui n’eut en réalité pas d’influence stratégique majeure mais qui marqua durablement l’opinion publique. Les émeutes qui éclatèrent par la suite furent principalement d’ordre fiscal. Le 4 août on abolit les privilèges, véritables accumulations historico-empiriques des divers acquis des différentes strates de la nation française. Toutes les exceptions qui firent la particularité du royaume de France furent rasées en une journée. 

Au moment où l’autorité royale était grandement diminuée par l’assemblée et l’assemblée désignée comme incapable de maintenir l’ordre et d’assurer le bon redressement des finances vint alors les noires journées d’Octobre. Suite aux émeutes de la faim et à la pénurie du pain dans Paris, la famille royale fut ramenée à la capitale par les émeutiers. Le Roi est privé de son droit d’établir des lois. La spéculation qui faisait alors rage dans la capitale fit monter le prix des blés, ces agioteurs et financiers allumèrent sciemment la mèche de la colère populaire.

II- Déroulement: 12 juillet 1790 – 13 avril 1791

En ce qui concerne l’objet de notre attention, l’événement de la constitution civile du clergé n’est ni plus ni moins que la soumission de l’Église à l’État. Ce sera un véritable séisme. Il n’y eut aucun précédent de cette ampleur quant au phénomène de mettre l’Église sous la coupe réglée de l’État dont les valeurs lui était de plus en plus étrangère. Pour la France catholique de l’époque, cela est une rupture. Concrètement, cette mesure phare vise à soustraire le clergé de l’autorité de Rome. Désormais prêtre et évêques devront répondre devant l’État républicain et non devant le souverain pontife. De plus, autre point qui va rendre la situation explosive dans tout l’hexagone, la discussion sur la nationalisation des biens du clergé. Véritable hold-up monumental. L’idée est d’ailleurs proposée par le sinistre Talleyrand. Les caisses sont vides, les impôts ne sont plus à l’ordre du jour, il faut donc trouver de l’argent ailleurs. Les biens du clergé sont alors une merveilleuse manne endormie. L’assemblée décide donc de saisir, peu importe les moyens, les biens du clergé. L’État se charge alors de prendre en charge le salaire des hommes de foi, ces derniers deviennent alors salariés de l’État maçonnique. Ils sont donc de simples fonctionnaires d’État comme d’autres. Cette mesure aura des implications sociales et spirituelles considérables. L’autorité pontificale est totalement exclue de l’équation. La République fera donc voter par le peuple l’élection des prêtres et évêques.Puisque les prêtres deviennent des fonctionnaires d’État, ils doivent désormais prêter serment à l’État. Le clergé dépend avant tout de la papauté et non de l’État. S’établit alors un divorce entre les prêtres qui prêtent serment que l’on appelle jureurs, et les prêtres qui restent fidèles au pape que l’on appelle réfractaires. Tout au long de la révolution les prêtres réfractaires seront poursuivis et persécutés sans relâche.

Du côté de la papauté, le pape Pie VI menace d’excommunication les jureurs. Il déclare schismatiques les propos suivants du nouvel évêque de Quimper :  » Cette constitution n’altère en rien le dogme ; qu’elle réforme seulement la discipline, et la rappelle à la pureté des premiers siècles « . Ses actes sacerdotaux sont déclarés irréguliers ; il est menacé d’anathème. Toutefois Pie VI réaffirme une position prudente vis-à-vis de l’Assemblée Nationale :  » Nous avons déclaré nous être abstenus jusqu’ici de déclarer retranchés de l’Église les auteurs de cette fatale constitution « . La réaction de Pie VI par rapport à la constitution civile du clergé n’est, aujourd’hui encore, pas simple à interpréter ; tardive par rapport aux événements, elle aurait laissé les prêtres et les évêques dans l’embarras sur la conduite à tenir par rapport au serment de fidélité à la Nation, à la loi, au roi, créant un malaise dans les provinces françaises durant les six premiers mois de l’année 1791, et laissant s’y développer un véritable schisme. La rupture est consommée le 13 avril 1791 avec un bref du pape (un décret) qui déclare la Constitution civile du clergé « hérétique et schismatique » ! Le roi Louis XVI, très pieux, est dès lors confronté à un dilemme qui va le conduire à la fuite à Varennes.

III- Conséquences

Cette triste affaire marqua au fer rouge l’histoire religieuse française. Ce fut alors un événement unique au milieu des monarchies chrétiennes. L’Église de France fut contrainte de se soumettre au pouvoir maçonnique et anti-catholique, la trahison des jureurs fut un péché pour notre nation. Les réfractaires allaient être les symboles des résistances royalistes et catholiques. Cet événement fut une des causes majeures du soulèvement Vendéen. Véritable coup de force laïcard, Louis XVI fut aussi signataire de cette constitution. Nous pouvons nous demander quelle fut sa réelle marge de manœuvre face à un royaume si fragile et des oppositions si vindicatives. Nous reprendrons simplement l’expression de Jacques Bainville qui qualifia Louis XVI de premier « Roi démocrate ».

Les conséquences de ce coup de force se font encore ressentir aujourd’hui. Comment un homme d’Église peut encore s’opposer à l’État et à sa politique anti catholique alors qu’il en est un simple salarié ? Nous ne pourrons retrouver notre indépendance sans notre foi. Et notre foi ne pourra être pleinement défendue qu’avec des hommes d’Église indépendants.


Article rédigé par le Cosaque

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