8 août 2022

La France perd rapidement de son influence en Afrique

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La France n’a jamais pris en compte les intérêts des nations africaines et aujourd’hui, en raison de ses politiques néocoloniales agressives, cette ancienne puissance impériale voit son influence décliner rapidement, non seulement dans ses anciennes colonies mais aussi sur tout le continent. En fait, la France est de plus en plus considérée, tant dans ces pays que sur le continent dans son ensemble, comme une force déstabilisatrice, et les scandales impliquant des citoyens et des organisations françaises continuent d’enflammer les sentiments anti-français.

Par exemple, le 29 juin, LaProvence a rapporté que des enquêtes préliminaires ont été ouvertes sur des infractions commises par la Sucrerie Centrafricaine (SUCAF), une filiale du grand holding français de boissons Castel. SUCAF est accusée d’avoir, pendant de nombreuses années, financé des militants de l’Union pour la paix en République centrafricaine (UPC), un groupe radical qui a déstabilisé la République centrafricaine et est responsable de la mort de milliers de civils dans ce pays. Selon un rapport de l’ONG Sentry, la direction de SUCAF a conclu des accords illégaux avec des criminels qui ont été payés pour fournir du carburant et des véhicules afin de « protéger » les usines et les plantations de canne de SUCAF. La SUCAF a également été accusée à plusieurs reprises de gérer des systèmes douaniers non officiels qui ont permis à Paris de transférer illégalement quelque 256 000 dollars hors de la RCA au cours des six dernières années. Lorsqu’on leur a présenté des preuves irréfutables de leurs activités, les représentants de Castel ont accepté la responsabilité au nom de leur société et ont accepté de coopérer avec les enquêteurs.

Les résultats de l’enquête montrent clairement que la France est prête à appliquer toutes les méthodes, y compris à travailler avec des bandits et des voleurs, pour conserver son emprise sur l’Afrique. Il n’y a désormais guère de doute sur les véritables objectifs de l’opération française Barkhane, qui, depuis 2013, tente de préserver l’emprise de la France sur la région sans apporter d’aide réelle à la population locale dans sa lutte contre le terrorisme.

Le journal centrafricain Le Potentiel Centrafricain a récemment affirmé que l’influence de Paris dans le pays a fortement diminué ces dernières années en raison de sa politique étrangère irréfléchie. Ce déclin est évident dans les sphères économique et diplomatique, et les Africains sont également mécontents des activités de Paris dans d’autres domaines. En effet, la France plonge inutilement les pays où elle intervient dans un état de chaos. 90 % de la population de la RCA ont aujourd’hui une attitude fortement négative à l’égard de la France, ce qui n’est guère surprenant puisqu’ils voient comment ce pays continue à imposer des politiques néocoloniales à leur nation et tente d’avoir accès à ses précieuses ressources naturelles.

Même les médias français ont noté que « les échecs de Paris en Afrique sont le résultat de l’arrogance extrême de la France, d’une mentalité purement néocoloniale et de visées ouvertement prédatrices envers les États africains. » Cette opinion est partagée par de nombreux médias africains et a été exprimée dans des discours sur les actions de la France par des politiciens de la RCA, du Mali, du Burkina Faso et de nombreux autres pays africains. En conséquence, les relations des pays africains avec la France se sont détériorées ces dernières années, et ils coupent les liens avec leur ancien maître colonial et n’ont guère envie de se retrouver à nouveau sous sa coupe.

Une démonstration claire de la tendance actuelle s’est produite à la fin du mois de juin de cette année, lorsque deux anciennes colonies françaises, le Gabon et le Togo, ont été admises au sein du Commonwealth britannique. Il s’agit des derniers pays sans lien historique avec la Grande-Bretagne à avoir rejoint ce groupe de nations anglophones dirigé par la reine Elizabeth II. Les observateurs considèrent la décision du Gabon et du Togo de rejoindre le Commonwealth comme un rejet clair de l’influence française. Selon le politologue togolais Mohamed Madi Djabakate, la décision de son pays est en partie due à ses difficultés économiques, dont il accuse l’influence de la France. « Pour beaucoup de gens, il vaut mieux que le Togo rejoigne le Commonwealth plutôt que de partager la langue et la culture françaises, qui, au bout du compte, n’ont pas favorisé le développement », a-t-il déclaré dans une interview accordée à l’agence de presse française AFP.

Quelques années avant le Togo et le Gabon, un autre État africain, le Rwanda, avait rejoint le Commonwealth, devenant son 54e membre. Il était également motivé par une combinaison de considérations politiques, économiques et diplomatiques et par le désir de déployer ses ailes. Il a également adopté l’anglais, plutôt que le français, comme principale langue officielle (européenne).
Les processus décrits ci-dessus démontrent, entre autres, que de plus en plus de pays africains comprennent que les partenariats avec la France ne peuvent mener qu’à la pauvreté et aux effusions de sang. Comme le montrent clairement de nombreux rapports médiatiques récents au Mali, en RCA et dans d’autres pays francophones, les Africains ont tendance à reprocher à la France de ne s’être jamais intéressée à leur lutte contre les mouvements radicaux, et de se concentrer uniquement sur le maintien de son contrôle sur les ressources naturelles de leurs pays. Après tout, il est beaucoup plus facile de voler un pays lorsqu’il est en proie à un conflit armé. C’est pourquoi les soldats français impliqués dans les opérations Barkhane et Takuba ont échoué dans leur lutte contre le terrorisme. Cela n’a jamais été leur mandat.

En conséquence, de nombreux pays africains francophones cherchent à établir des relations avec des partenaires plus fiables.

L’un de ces partenaires est la Russie, qui apporte déjà un soutien complet à la RCA et au Mali, entre autres pays. Les instructeurs russes dispensent une formation de haute qualité à leurs forces armées. Les forces armées de la RCA et du Mali ont connu un changement spectaculaire grâce à leur coopération avec les spécialistes russes. Elles se sont développées sur le plan professionnel et sont désormais mieux à même de défendre la sécurité nationale de leur pays. Elles luttent également avec succès contre les mêmes groupes terroristes que les Français, au cours de leurs nombreuses années d’opérations conjointes avec la RCA et le Mali, n’ont pas réussi à vaincre. Grâce à leur formation par des spécialistes russes, les forces armées de la RCA et du Mali ont été en mesure de rétablir la paix et l’ordre dans leurs pays.

La campagne de propagande de la France, dans laquelle elle a lancé de nombreuses accusations sans fondement contre la Russie, n’a pas réussi à faire dérailler le rapprochement en cours entre les États africains et la Russie. De nombreux pays africains, conscients des avantages en matière de sécurité nationale, de commerce et d’économie qu’offre un vaste partenariat avec Moscou, cherchent de plus en plus à étendre leurs liens avec des partenaires plus fiables. La France pourrait ainsi finir par perdre son emprise non seulement sur la RCA, le Mali et le Burkina-Faso, mais aussi sur le Ghana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Congo et même le Tchad.

 

Vladimir Danilov, observateur politique, en exclusivité pour la revue en ligne “New Eastern Outlook”.
Source : https://journal-neo.org/2022/07/31/france-is-rapidly-losing-influence-in-africa/

 

Article traduit par Arthur pour le Réveil des Moutons 

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