4 décembre 2022

« LE COURAGE DE NOS ANCIENS »

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  En ces derniers temps de troubles, il est bon de nous rappeler à quel point nos anciens firent preuve de courage et d’héroïsme pour défendre le pays. Rappelons nous aussi que ce même courage coule encore dans nos veines…

 

 

       « Le 30 mai, nos troupes tiennent la ligne de l’Aisne. On décide qu’une reconnaissance sera effectuée en direction du village d’Amagne. Elle sera couverte sur son flanc droit par une section de la 3e compagnie du 35e régiment d’infanterie commandée par le lieutenant Gehin. A cet effet, la section Gehin doit occuper, de l’autre coté de la rivière, une ferme isolée, composée de trois bâtiments se dressant au bord d’une plaine : la ferme du Bois-de-Seuil.

Il a été convenu que la reconnaissance sur Amagne une fois effectuée, la section Gehin au lieu de regagner l’Aisne resterait dans la ferme en embuscade. On espère que l’ennemi croira tous nos éléments repliés et enverra reconnaître la ferme. Il sera possible alors de lui faire des prisonniers.

Le début du programme s’exécute à la lettre. Le 30 mai, à 17h, la section Gehin occupe la ferme. La reconnaissance sur Amagne exécutée par d’autres éléments prend fin à 22h30. Puis ces éléments regagnent l’Aisne. La section Gehun reste en embuscade dans la ferme du Bois-de-Seuil. Elle profite de la nuit pour s’y organiser.

Vers 23h, puis à 24h30 un copieux bombardement est déclenché par l’ennemi sur tout ce secteur du front de l’Aisne. Plusieurs obus tombent sur les bâtiments de la ferme. Sur le front tenu par un bataillon du 35e d’infanterie, deux ou trois compagnies allemandes, dotées de très nombreuses armes automatiques, mitraillent nos petits postes.

La section Gehin placée à la ferme du Bois-de-Seuil pour une simple embuscade va se trouver entraînée par le hasard dans une opération beaucoup plus importante. Vers 3h15 du matin, un guetteur signal une compagnie ennemie qui progresse dans la plaine vers la ferme, se préparant à l’aborder. Le lieutenant Gehin fait évacuer un des bâtiments et la section, par les fenêtres du premier étage des autres bâtiments, ouvre le feu sur l’ennemi qui continu a s’approcher, utilisant les couverts et les défilements du terrain.

Bientôt, le premier bâtiment est en flammes. Utilisant la fumée qui se dégage comme un écran, un groupe ennemi atteint le second bâtiment, une grange, et y met le feu . Tous les ennemis sont abattus par les défenseurs de la grange, mais celle-ci, dévorée par l’incendie, devient intenable.

Les défenseurs ne peuvent se replier vers le derniers bâtiment, seul intact, car la cour est balayée par une mitrailleuse allemande. Un agent de liaison qui risque le passage est tué net. Par gestes, le lieutenant Gehin qui se tient dans le bâtiment intact avec 15 hommes, fait signe aux défenseurs de la grange de se replier vers l’Aisne. Aidée par l’obscurité, la manœuvre réussit. Les défenseurs de la grange regagnent nos lignes vers 4h30. À présent, le dernier bâtiment est complètement encerclé. L’ennemi dirige un feu nourri sur les ouvertures et donne l’assaut, tentant de franchir les fenêtres. Il est repoussé avec de grosses pertes. L’officier qui commande l’attaque est tué. Les Allemands se replient dans les buissons à peu de distance de la ferme.

Mais aussitôt, une deuxième compagnie entre en ligne. Elle débouche en bon ordre et se rue à l’assaut. Les fusils mitrailleurs lui causent des pertes et l’arrêtent. Un nouvel assaut ne réussit pas davantage. Les défenseurs de la ferme ne sont plus que onze hommes valides. L’un d’eux, le soldat Corre, a abattu successivement au fusil 12 ennemis. On compte étendus sur le terrain une trentaine de morts. 

À 7h45 du matin une contre attaque menée par une section du 35e d’infanterie tente de dégager les défenseurs de la ferme. Elle débouche du pont d’Ailly, parvient à 200 mètres des bâtiments. Elle est arrêtée par un feu nourri d’armes automatiques et doit se replier.

Décidés à en finir, les Allemands ouvrent sur la ferme un tir de mortier. Le premier étage est démoli. Deux tireurs du fusil-mitrailleur sont blessés. L’ennemi donne une fois de plus l’assaut. Une fois de plus, il est repoussé.

L’ennemi pointe alors à courte distance un canon de 47 et ouvre le feu sur ce qui reste du bâtiment où tiennent depuis la veille le lieutenant Gehin et sa petite garnison qui comprend plus que 9 hommes et 4 blessés. Le tir du 47 ne produit que peu d’effet et ne blesse personne. Il est 13 heures.

Brusquement, à 13h10, une contre-attaque française, préparée dans la matinée se déclenche. Elle est menée par le sous-lieutenant Chalons et efficacement appuyée par l’artillerie dont les tirs encagent la ferme. Vivement menée, l’attaque déborde les résistances ennemies et à 15 heures,  atteint la ferme où elle opère la liaison avec la section Gehin.

Plus de 70 cadavres ennemis jonchaient les abords de la ferme et des pertes sévères avaient été infligées à l’ennemi par le tir de l’artillerie. La section Gehin avait tenu en échec pendant 22 heures deux compagnies. Elle ramenait ses blessés et toutes ses armes en même temps que de nombreuses armes ennemies.« 

 

Extrait tiré du livre « Mémorial de France », faits d’armes recueillis par André-Paul Antoine. (14 Décembre 1940).

Article écrit par Augustin du Réveil des Moutons

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