16 juin 2024

Les États-Unis s’enrichissent aux dépens de l’UE paralysée par le choc des prix

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L’Europe a été secouée par la galopade des prix du gaz ces derniers mois, entraînant une instabilité financière et sociopolitique dans le Vieux Continent.

Il y a plusieurs raisons à cela, l’une d’entre elles étant la politique des spéculateurs européens nationaux, qui ont voulu s’enrichir rapidement lorsque, en raison de leurs politiques russophobes flagrantes, les responsables européens ont réussi à maintenir Gazprom et son gaz bon marché hors du marché intérieur de l’UE. En conséquence, ces spéculateurs vendent à une marge de 300, 400 ou 500 % le gaz bon marché que Gazprom a pompé dans ses entrepôts pendant l’été. Ce faisant, ils soutirent leurs superprofits au consommateur européen. Et tant qu’ils n’auront pas vendu ces réserves, ils ne laisseront pas entrer le gaz russe en Europe.

Outre les spéculateurs européens sur le gaz russe, les États-Unis se sont énormément enrichis ces derniers mois, profitant des prix extraordinairement élevés. Pendant ce temps, afin de détourner l’attention de l’opinion publique de la situation réelle sur cette question, les responsables de l’administration de Joe Biden tentent d’accuser faussement Moscou d’augmenter les prix du gaz, tout en ne faisant rien pour faire baisser ces prix eux-mêmes, car leur baisse n’est absolument pas rentable pour Washington.

Et cela est confirmé par les données du Service fédéral des douanes russe et du Bureau américain d’analyse économique (NDT : US Bureau of Economic Analysis), qui montrent clairement les rapports sur les exportations de gaz vers l’Europe par les États-Unis et prouvent que ce sont les États-Unis qui ont gagné plus d’argent que la Russie sur les prix super élevés du gaz ces derniers mois. Ainsi, la valeur du gaz naturel et du GNL exportés par la Russie de janvier à août 2021 était de 33,197 milliards de dollars, contre 42,9 milliards de dollars pour le GNL exporté par les États-Unis au cours de la même période !
La plupart des fournitures de gaz américain à l’Europe font l’objet de contrats au comptant (à prix d’échange, achat et paiement rapides et livraison à une certaine date) conclus en décembre et janvier, lorsque les cotations en Europe atteignaient des sommets. Par conséquent, les négociants qui fournissent aujourd’hui du gaz américain à l’Europe réalisent des superprofits. En janvier, ils ont non seulement bénéficié de l’approvisionnement de l’Europe en gaz produit aux États-Unis, mais ils ont également détourné des volumes des routes du Moyen-Orient et même de l’Asie en raison de la baisse des prix du gaz dans la région Asie-Pacifique (APAC).

Quant à Gazprom, il livre, remplissant ses obligations contractuelles principalement dans le cadre de contrats à long terme, c’est-à-dire à des prix nettement inférieurs à ceux de la bourse.

Si les livraisons de GNL entraînent une baisse des prix du gaz en Europe, ce marché deviendra automatiquement inintéressant pour les exportateurs américains, et les Européens eux-mêmes devront revenir à l’achat de gaz auprès des fournisseurs traditionnels. Le climat de panique en Europe est donc aujourd’hui artificiellement entretenu par des allégations selon lesquelles la Russie pourrait couper ses approvisionnements en gaz en raison de l’escalade de la situation en Ukraine. Il est toutefois remarquable que toutes les livraisons de GNL en provenance des États-Unis n’aient jamais réussi à faire baisser sérieusement les cotations de la bourse du gaz en Europe, alors que toute nouvelle de négociations fructueuses entre la Russie et les dirigeants américains ou européens fait chuter les prix de 100 à 150 dollars.

Comme nous le savons, le marché européen du gaz est l’arrière-cour du marché mondial du GNL, dépendant des conditions dans les pays de l’APAC, où le marché est physiquement plus important. Dès que les prix commencent à baisser en Asie, ils baissent aussi en Europe, et vice versa. En 2021, la moitié des exportations américaines de gaz étaient destinées à l’Asie-Pacifique et seulement un quart à l’Europe. Or, le détournement des flux de GNL des États-Unis vers l’Europe pourrait bientôt entraîner une hausse des prix du gaz dans l’APAC, les méthaniers américains repartant vers l’Asie et les prix européens battant à nouveau des records au profit des mêmes spéculateurs européens et traders américains, et pour le malheur des Européens qui feront les frais de la politique gazière gangrénée de Washington.

L’Europe, avec son importante consommation de gaz et ses dizaines de terminaux d’importation de GNL sous-utilisés, présente depuis longtemps un grand intérêt pour les entreprises américaines, qui ont dépensé au total 60 milliards de dollars pour les infrastructures d’exportation. La construction de terminaux GNL a connu un véritable boom en Europe également, sous l’influence de Washington, et ils ont même été construits en Lituanie et en Pologne. Cependant, personne ne peut nier que le GNL est cher par rapport au gaz russe acheminé par gazoduc. C’est pourquoi, jusqu’à récemment, l’Europe était très enthousiaste à l’idée d’acheter du gaz par gazoduc à bas prix à la Russie et pourquoi 75 à 80 % de la capacité des terminaux GNL européens sont restés vides. Quoi qu’il en soit, le principal critère pour évaluer les perspectives du GNL américain en tant que concurrent de Gazprom en Europe est le prix.
Cependant, le marché du gaz a connu quelques détériorations significatives au cours des dernières semaines. Elles ont surtout suivi la réception par la Russie, fin février, de la confirmation écrite du refus de l’OTAN et des États-Unis d’engager un dialogue avec Moscou sur les garanties de sécurité. Ceci dans un contexte où l’Occident avait auparavant refusé de manière flagrante de rassurer les autorités néonazies rampantes de Kiev, arrivées au pouvoir en 2014 par un coup d’État inspiré par Washington. Mais depuis 8 ans, à l’instigation de Washington et avec le soutien tacite de l’Occident, les autorités de Kiev n’ont cessé de mener une politique de génocide dans le Donbass, où, selon des informations incomplètes, elles ont tué plus de 13 000 civils russophones et mené une politique de russophobie. En outre, les autorités de Kiev ont récemment intensifié leurs activités néo-nazies dans le pays et ont proféré des menaces croissantes concernant une capacité potentielle d’armement nucléaire en Ukraine, dans l’espoir de l’utiliser et pour laquelle Kiev a déjà commencé à élaborer des plans de grande envergure pour attaquer la Russie.

Dans ces conditions et en l’absence d’une réponse occidentale appropriée aux activités des autorités de Kiev, Moscou a été contraint, fin février, de lancer une opération spéciale en Ukraine pour démilitariser et dénazifier le pays pour des raisons d’auto-préservation. En réponse, Washington et ses alliés occidentaux ont déclenché une guerre de l’information contre la Russie et lui ont infligé de sévères sanctions. Bruxelles, dans un souci de plaire à l’establishment politique russophobe américain, a refusé de certifier le Nord Stream 2, déjà construit, qui aurait pu considérablement améliorer la situation sur le marché européen du gaz. Cependant, d’autres gazoducs russes continuent de fonctionner et de pomper du gaz vers l’Europe. En outre, malgré la guerre d’information anti-russe mensongère déclenchée par Washington, le gaz russe continue de circuler dans le système de transport ukrainien sans interruption, comme l’a signalé le gestionnaire du système de transport ukrainien lui-même. Les livraisons de gaz à l’Europe ne se contentent pas de transiter par le gazoduc ukrainien, elles ont également augmenté. Les Européens ont augmenté leurs demandes d’approvisionnement et Gazprom a commencé à pomper dans le gazoduc ukrainien 109 millions de mètres cubes de gaz par jour au lieu de 50 millions de mètres cubes par jour, comme avant le début de l’opération spéciale russe en Ukraine, ce qui représente un doublement des approvisionnements.

Cependant, en raison de l’épuisement des stockages souterrains européens dû aux conditions hivernales, il ne reste presque plus de gaz, ce qui oblige l’UE à se tourner vers les importations actuelles, qui sont « obligeamment » offertes par les États-Unis, qui ont eux-mêmes déclenché la crise en Ukraine pour, entre autres, augmenter le prix du gaz en Europe. Quant aux Européens, ils s’efforcent jusqu’à présent de faire sortir les approvisionnements en hydrocarbures de la Russie de la fourchette des sanctions, bien que certains politiciens européens, comme Borel, qui « mangent ouvertement à la table de Washington », aient commencé à parler d’imposer des sanctions supplémentaires contre la Russie dans le secteur du gaz également, pour plaire à la politique de la Maison Blanche. Dans le même temps, ces responsables européens savent très bien que la Russie ne va pas utiliser son gaz comme un outil contre l’Europe. L’UE n’a d’ailleurs aucun substitut à cela, et de nombreux exportateurs de gaz dans le monde se sont déjà exprimés à ce sujet. Et la situation en Europe ne fera qu’empirer pour la population si la politique anti-russe des responsables européens actuels se poursuit, menaçant non seulement l’appauvrissement de la population, mais aussi la faillite de nombreuses entreprises européennes et même de secteurs entiers de l’économie.

Dans le même temps, alors que la politique de sanctions anti-russes de l’Europe continue de s’intensifier, il n’est pas exclu que la Russie finisse par utiliser, pour assurer sa propre sécurité, l’approvisionnement en hydrocarbures comme mesure de rétorsion si elle considère que les sanctions occidentales sont désastreuses pour l’économie russe. Mais de telles actions n’aboutiront qu’à une nette victoire des États-Unis sur l’Europe, à une nouvelle augmentation de sa dépendance à l’égard de Washington, y compris en matière de gaz, et à un enrichissement encore plus grand des États-Unis grâce à l’augmentation des prix du gaz en Europe, prévue précédemment, en exacerbant les relations avec la Russie.

 

Vladimir Danilov, observateur politique, en exclusivité pour la revue en ligne “New Eastern Outlook”.
Source : https://journal-neo.org/2022/03/09/us-enriches-itself-at-the-expense-of-the-eu-paralized-by-the-price-shock/

Article traduit par Arthur du Réveil des Moutons

 

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