26 septembre 2022

L’importance des langues anciennes

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« Les langues anciennes nous permettent de former une pensée et ainsi de commencer à dire non »

L’université de Princeton a récemment supprimé l’obligation d’apprendre le latin et le grec pour les étudiants en lettres classiques. La raison évoquée ? Lutter contre le « racisme systémique ». Sur sa page web, Diversity and equity, le Département des lettres classiques de l’établissement explique ainsi que la culture gréco-romaine a «instrumentalisé, et a été complice, sous diverses formes d’exclusion, y compris d’esclavage, de ségrégation, de suprématie blanche, de destinée manifeste, et de génocide culturel». Andrea Marcolongo, auteure de La Langue géniale : 9 bonnes raisons d’aimer le grec, (Les Belles Lettres), déplore cette décision. Elle rappelle l’importance d’apprendre le latin et le grec pour développer son esprit critique et renouer avec la beauté, la poésie et la profondeur des mots.

Il est aujourd’hui très préoccupant de voir que cette volonté hystérique de cancel culture s’étende aussi bien aux Disney qu’à l’étude des langues anciennes. Bien que les dessins animés yankees ne soient pas ancrés dans mon coeur, il n’en demeure pas moins que cette chasse aux sorcières est des plus insupportable. Chaque création, chaque expression, chaque ressenti doit être passé au crible de l’inquisition des temps modernes, « la Cancel Culture ». Pour Andrea Marcolongo qui s’est exprimé dans une interview au Figaro, cette spécialiste exprime son agacement et son inquiétude : « Je ne ressens pas simplement un bouleversement mais une grande inquiétude. Il ne s’agit pas là du résultat de l’esprit du temps, mais de l’expression d’un malaise. Il n’est pas strictement lié aux lettres classiques, mais à notre capacité à accepter aujourd’hui la pensée. Il y a une volonté de renier le débat, c’est ça le risque que sous-tend cette suppression. Dans cette volonté hypocrite de vouloir respecter le monde entier, on perd la force et l’envie de soutenir une opinion. La pensée ne peut pas être neutre. Les langues anciennes nous rappellent justement cela ; elles nous permettent de former une pensée et ainsi de commencer à dire non ». En effet, face à ces inquisiteurs sûrs d’eux mêmes et dominateurs pour reprendre l’expression d’un celèbre homme politique, les langues anciennes, incarnation antagoniste de l’esprit puritain anglo-saxon, demeurent un refuge pour quiconque souhaite échapper à cette folie ambiante.

L’impérialisme américain, bien plus qu’un simple pouvoir militaire et économique, déverse chez nous sa sous-culture et ses pires rejetons. Les « wokes » ou les évéillés, apparaissent de plus en plus dans notre espace médiatique, recrachant leur catéchisme, souvent mal digéré, mal assimilé, mais qui doit faire force de loi dans le débat politique et sociétal. Cette fraction de plus en plus radicale souhaite bien effacer ce qui fait les fondations de notre culture. Il y a une réelle volonté d’exclusion de la part de ces Khmers LGBT envers tout ce qui ne rentre pas dans leur matrice. Tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à une culture traditionnelle se doit d’être effacé. Pour  Andrea Marcolongo cette exclusion se manifeste dans « cette volonté de ne plus débattre qui se situe surtout aux États-Unis. Il n’y a plus de débat, seulement cette «cancel culture», cette culture de l’annulation liée au politiquement correct. On empêche l’autre de prendre position plutôt que de débattre. C’est plus facile, plus paresseux. Sauf qu’à force de tout «canceller», il finira par ne plus rien rester. Je trouve cela effrayant que pendant des conférences on puisse me poser la question: «Faut-il condamner Platon parce qu’il était misogyne?» D’autres s’interrogent: «Faut-il arrêter d’apprendre Homère parce qu’il ne respecte pas assez les femmes?» C’est un faux débat! On a perdu la perspective. […] Chez les Grecs, la tragédie servait certes à mettre en scène des drames pour le plaisir des spectateurs mais aussi et surtout pour montrer les aspects les plus obscurs de l’être humain. Par la catharsis, on était ainsi capable de comprendre nos émotions et de les accepter. » Bien que cette spécialiste ne mette pas les pieds dans le plat en évoquant purement et simplement une volonté d’effacer ce qui fait notre identité au profit d’un magma nihiliste dénué de sens, son témoignage n’en demeure pas moins précieux. Ce qui se perd par la rupture avec cette culture fondamentale, c’est l’esprit de mesure, la bonne règle, le bon ordonnancement spécifique au monde antique dont ces nouveux inquisiteurs ne connaissent même pas les principes. C’est bien un rejet de l’esprit d’échelle, où tout se vaut, où tout est égal, ne se différencie plus. Si les idées dirigent le monde comme le dit l’adage, a vouloir ne plus rien placer selon son échelle et sa place, nous en venons inévitablement à la grande indiférenciation des individus.

« Si on juge des langues à l’aune d’aujourd’hui qui sait ce qu’on pensera de notre propre usage de la langue demain ? » voilà ce qu’exprime très justement Andrea Marcolongo, si cette méthode anti-logos, c’est à dire à l’encontre de la raison, se perpétue, qu’en sera t-il de nos succésseurs vis à vis de notre culture ?

Dans ce règne de l’absurde au pays d’Ubu Roi, avec ce nouveau tribunal woke qui passe au crible tout ce qui ne lui plaît pas selon son échelle de valeurs, quid du reste de notre culture ? Pour Andrea Marcolongo: « On ne peut pas culpabiliser une langue avec des valeurs d’une époque qui n’est pas la sienne. La langue n’a pas à être un drapeau politique. C’est pour cette raison que je trouve que tous ces débats qu’on injecte aux langues anciennes sur le racisme, le féminisme… sont très loin de l’esprit grec. A mon sens, ce n’est pas la langue qui est raciste mais ce sont ses usagers qui le sont. Je vis avec l’inquiétude de savoir qu’il y a des personnes qui regardent les langues anciennes avec un regard qui censure. » Au royaume des anarchronismes, ces derniers y sont les premiers.

  

Avec la démocratisation de la culture, où il ne s’agirait évidemment pas d’élever intellectuellement le citoyen mais d’établir un nivellement par le bas. Les langues anciennes apparaissent comme un OVNI au sein de nos démocraties des droits de l’homme. L’honneur, le devoir filial, le sens de la famille et du sacré, présent dans tout les aspects de la culture antique s’opposent frontalement avec ce que nous devenons. La culture de masse par la téléréalité et les Hannouna, les réseaux sociaux, calibrent nos générations dans l’instantanéité. Tout se doit d’être rapide, moderne, divertissant. Ce qui est sérieux fais peur. Pour Andrea Marcolongo il s’agit « d’une question de paresse intellectuelle. On supprime les langues classiques pour éviter de penser. La démocratie intellectuelle non seulement permettait de penser mais elle obligeait à penser. Dans la Grèce Antique, Périclès payait les gens qui n’avaient pas les moyens d’aller au théâtre, parce qu’il disait toujours que les citoyens les plus dangereux étaient ceux qui n’avaient pas de culture. Il avait raison. C’était un engagement pour la collectivité, la société. Aujourd’hui, toute forme de culture est devenue démodée. On demande aux gens d’être performants, mais pas d’avoir une profondeur de la pensée. Néanmoins, je pense que tout ce système de politiquement correct, de censure, de langue si polie, a ses limites. Peut-être que les gens vont avoir envie à un moment de revenir à une activité intellectuelle. Nous avons les anticorps pour nous protéger contre cette censure venue des États-Unis. » En effet les racines que nos anciens ont longtemps cultivées demandent a être semé ,cette culture ne demande qu’a fleurir de nouveau. Au delà du métissage dont on nous rabat les oreilles matin, midi et soir, la perte de notre culture, est tout aussi importante. Il serait tout aussi profitable d’entendre les bonnes âmes de l’identité française statuer sur ce phénomène.

« La maîtrise des langues anciennes permet aussi de mieux connaître les mots qu’on emploie et donc d’avoir une pensée plus juste. »

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément, nous disait Boileau. En effet sans langage précis, sans connaissance de la portée des mots, de leur signification précise, on ne peut appréhender un sujet dans toute sa complexité. Ce n’est pas pour rien que des grands penseurs tel que Proudhon ou Nietzsche étaient de bons philologues avant de prétendre à la philosophie. La connaisance de l’origine des mots permet une sélection moins aléatoire de son vocabulaire, chaque mot y ait aisni employé dans un but précis. Connaître le sens des mots et leur origine, c’est aussi se prémunir contre les manipulations linguistiques de nos ingénieurs sociaux. La novlangue orwellienne ne peut que couler et être étrangère à un individu enraciné. Pour  Andrea Marcolongo la connaissance des langues anciennes « permet la discussion. Lorsqu’on a le mot juste, on s’exprime mieux. C’est pour cela que je me suis concentrée dans mon dernier livre sur l’étymologie. Une langue ancienne nous oblige à habiter l’essence d’une langue, à renouer avec la poésie et la profondeur des mots.[…] Ainsi, apprendre les langues anciennes permet non seulement d’acquérir un meilleur vocabulaire mais aussi de trouver le bon mot et construire une meilleure pensée. Il ne faut pas apprendre une langue en fonction de son utilité, comme un outil, sinon on se coupe de sa beauté, sa culture, sa mythologie. » En outre, on ne peut penser précisemment sans langage précis. Nos « woke » promouvant une écriture inclusive des plus ridicules se retrouvent ainsi enfermés dans un obscur piège qui ne font plus d’eux des éveillés, mais bien les esclaves de leurs passions, de leur hubris dévorante. Leurs névroses se retrouvent ainsi calquées sur un monde qu’ils haissent, un monde au sein duquel ils n’ont plus qu’une seule aspiration, le changer, afin que ce dernier corresponde à leurs désirs et leurs projets.

Cependant, tout n’est pas perdu, notre monde, non pas une humanité une et métissée, mais bien notre civilisation helléno-chrétienne peut être préservée de nombreuses manières. L’étude de ce qui fut le lien commun de notre culture et du monde ancien en est une. Pour Andrea Marcolongo « il suffit d’offrir à quelqu’un Homère, même traduit en français. Ainsi, on peut se plonger dans la beauté incroyable de la littérature ancienne. Plutôt que de passer son temps à débattre sur l’utilité ou l’inutilité, le racisme des langues anciennes, je propose de revenir à la beauté des langues avec un regard sans a priori. Le texte est magnifique. Il faut étudier cette langue qui nous parle de nous-mêmes. » Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

Au temps de l’indiférenciation et de la perte du sens, de la perte du sacré, les langues anciennes sont la sève qui nous relie à notre tradition séculière. Au dela du plaisir esthétique de ces langues, la justesse dans l’expression et la pensée sont aujourd’hui des qualités rares. Les langues anciennes vous tiennent éloignées des réactions émotionnelles hystérique, on y construit sa pensée méthodiquement comme on y construit ses phrases. C’est une arme de résistance intellectuelle évidemment, mais l’étude de ces dernières peuvent aussi être motivés par la recherche de renouer avec des savoirs et des manières de penser qui ont coulé dans les veines de tout les grands penseurs français. Etudier les langues anciennes c’est saisir un monde qui nous échappe, un monde qu’on cherche à nous retirer, préservons le. Il faut faire notre ce monde ancien, sans cela, la masse uniforme ne le fera pas à notre place. Le réveil des moutons passe aussi par l’acquisition de réflexe de langage et de pensée. Demandons nous quel est l’intérêt pour un pouvoir politique de couper un peuple de ses racines, poser la question, c’est déjà y répondre.


Article rédigé par Le Cosaque 

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