5 juillet 2022

Rivarol : Un nouveau duel Macron-Le Pen pour que rien ne change ?

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TOUT ÇA pour ça ! Alors même que les enquêtes d’opinion indiquaient il y a un an que l’immense majorité des Français ne souhaitaient pas la réédition d’un duel Macron-Le Pen, la présidentielle de 2022 a finalement accouché de la même finale qu’en 2017. On prend les mêmes et on recommence. Lorsqu’on les interroge, les électeurs disent très régulièrement qu’ils veulent du changement, mais à l’arrivée ils reconduisent toujours les mêmes. Comment ne pas avoir le sentiment devant ces résultats du premier tour de la onzième présidentielle au suffrage universel direct de la Ve République que décidément voter ne sert à rien, ne résout rien, n’améliore rien, ne change rien ? Et pourtant cela n’a pas empêché près des trois quarts des électeurs inscrits de se rendre aux urnes encore une fois. L’abstention (26,31 % des inscrits) est certes supérieure aux présidentielles de 2017 (22,23 %), de 2012 (20,52 %) et de 2007 (16,23 %) mais elle reste assez nettement inférieure à celle, record, de 2002 (28,40 %), malgré une campagne particulièrement morne, sans relief et passablement ennuyeuse. Les électeurs restent donc très majoritairement attachés au vote qui apparaît dans les faits comme une drogue puissante dont la plupart ne peuvent se passer.

Il est courant d’entendre dire que les gens qui ne votent pas n’ont qu’à se taire car ils ne participent pas au choix et que ce n’est pas en s’abstenant que les choses vont aller mieux. Rien n’est plus stupide que ce genre de réflexions de café du commerce car l’expérience atteste au contraire que plus l’on vote, plus l’on fait voter les gens, plus les choses vont mal. Elles ne changent jamais, sinon pour le pire. Et depuis que la présidentielle est au suffrage universel direct, le pays s’effondre encore davantage, encore plus vite. Le suffrage universel depuis soixante ans n’a permis de conserver ni la souveraineté nationale ni l’intégrité territoriale ni la morale publique ni l’homogénéité corporelle et spirituelle du peuple et du pays, il n’a nullement empêché le délitement de la nation, de la famille, de l’armée, des corps intermédiaires, l’abdication des principes et des vertus, la démission de l’autorité, la subversion de toutes les institutions et de toutes les valeurs traditionnelles. Bien au contraire. Et on va toujours plus loin dans la folie : c’est ainsi qu’aucun des douze candidats au premier tour ne remettaient en question le principe de la laïcité qui nous tue plus sûrement que n’importe quel poison violent, le massacre à grande échelle des innocents dans le ventre de leur mère, l’institutionnalisation des relations intimes contre-nature, l’inféodation de notre pays à l’Union européenne et à l’euro, l’application de législations liberticides qui empêchent de s’exprimer librement sur des sujets vitaux.

SI L’ON COMPARE les résultats à ceux de la présidentielle précédente, les masses ont finalement assez peu bougé en cinq ans. Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon obtiennent des scores assez proches de ce qu’ils avaient fait en 2017, supérieurs de deux ou trois points, sans plus. Mais l’on n’observe pas de bouleversement spectaculaire. Le corps électoral est finalement beaucoup plus conservateur qu’on ne le croit. Jamais sans doute le fameux vote utile n’a autant joué que lors de ce premier tour. Ce qui explique les scores au-dessus de 20 % des trois principaux candidats et les scores en-dessous de 10 %, et pour presque tous, en-dessous de 5 % des autres.

On ne dira jamais assez le rôle délétère de la “sondocratie” dans les élections. Combien de millions d’électeurs ont en effet modifié leur vote dans les derniers jours au nom du « vote utile », influencés par les batteries de sondages quotidiens, et généralement pour conjurer la présence d’un candidat qu’ils ne voulaient absolument pas au second tour ? C’est ainsi que beaucoup de personnes qui penchaient pour Zemmour voire pour Pécresse ont voté au dernier moment en faveur de Marine Le Pen pour empêcher que Jean-Luc Mélenchon qu’elles craignaient par-dessus tout ne parvînt en finale. Et inversement beaucoup d’électeurs de gauche qui auraient pu voter pour Roussel, Jadot, Hidalgo voire pour un candidat trotskiste se sont prononcés dans l’isoloir pour le chef de la France insoumise afin d’éviter, du moins l’espéraient-ils, que Marine Le Pen fût une nouvelle fois au second tour. Enfin, des électeurs qui pensaient voter Pécresse voire Zemmour ont glissé dans l’urne un bulletin Macron qu’ils voyaient comme un rempart plus solide et plus crédible à la fois contre Mélenchon et contre Le Pen. L’électeur se veut tacticien, on l’avait déjà constaté en 2017, de sorte qu’il vote de moins en moins pour ses convictions (pour peu qu’il en ait, ce qui serait à démontrer), ses aspirations, mais généralement pour éviter ce qui lui semble, à tort ou à raison, le pire. Quand on y réfléchit, ce genre de calcul est dramatique car à l’arrivée tout va toujours plus mal et aucune mesure de redressement national n’ait jamais prise. L’électeur croit être un bon joueur d’échec ou de poker. En réalité, il joue à la roulette. Et ce n’est même pas la roulette russe, mais la roulette belge avec six balles dans le barillet.  Au final, le cocu, c’est toujours lui !

EMMANUEL MACRON arrive assez largement en tête de ce scrutin avec près de 28 % des suffrages exprimés. Ce résultat en dit plus long à lui seul qu’un long discours sur l’inanité de la démocratie, de l’électoralisme et du suffrage universel. Alors qu’habituellement le président sortant fait moins au premier tour lorsqu’il se représente (ce fut vrai pour Giscard en 1981, pour Chirac en 2002 et pour Sarkozy en 2012, la seule exception étant jusque-là Mitterrand en 1988 car le président socialiste avait alors bénéficié de la cohabitation avec Chirac pour se refaire une santé et apparaître à nouveau vierge politiquement), Macron gagne près de quatre points en cinq ans (27,84 % contre 24,01 %). Et la performance est d’autant plus saisissante que l’instauration du quinquennat place en première ligne le chef de l’Etat qui prend les coups beaucoup plus directement et fortement que dans le cadre du septennat car il est désormais omniprésent et apparaît comme une forme de super-Premier ministre. Souvenons-nous : François Hollande, bien malgré lui, n’avait pas pu se représenter en 2017 tant son quinquennat l’avait essoré. Et Sarkozy, malgré son énergie, sa combativité et son talent oratoire, avait perdu quatre points entre 2007 et 2012, passant de 31 % à 27 %.

Le résultat de Macron, supérieur à ce que lui promettaient les derniers sondages, a donc quelque chose de saisissant. Malgré les gilets jaunes et les violences policières qui ont mutilé nombre de manifestants pacifiques, malgré la tyrannie sanitaire, malgré les confinements et les couvre-feux à répétition, malgré le passe sanitaire et le passe vaccinal, malgré la persécution accrue des automobilistes, malgré les radars et les masques, les impôts et les taxes, malgré la réduction drastique des libertés, à commencer par celle de penser, de parler, d’écrire, d’agir, Macron arrive en tête du scrutin et apparaît comme le grand favori pour se succéder à lui-même. N’y a-t-il pas dans ce résultat comme une implacable condamnation du suffrage universel ? Et ne peut-on pas voir là une forme de syndrome de Stockholm, beaucoup de Français remerciant et louant leur persécuteur, au lieu de le rejeter ?

LA QUALIFICATION pour la finale de Marine Le Pen, quand on se donne la peine d’y réfléchir posément, n’est en un sens pas moins surprenante. Elle prouve en tout cas qu’en politique on n’est jamais mort, sauf à disparaître physiquement, et que les pires déconvenues, les plus cruelles défaites, les plus piètres prestations n’empêchent pas les résurrections électorales a priori les plus improbables. Rappelons-nous où en était la benjamine de Jean-Marie Le Pen après son débat cataclysmique du 3 mai 2017 où elle avait confondu SFR et Alstom, l’euro et l’écu, la buvette et un débat de second tour. Plus récemment, souvenons-nous du résultat désastreux du Rassemblement national aux régionales et départementales de juin 2021 qui avaient été marquées par une baisse de dix points par rapport aux scrutins de 2015. Pensons aussi au départ d’un certain nombre de lieutenants marinistes, à commencer par l’unique sénateur RN Stéphane Ravier, à l’effondrement du nombre des adhérents passés en quelques années de 70 000 à 20 000, à l’endettement colossal du parti supérieur à vingt millions d’euros, au déménagement du siège national de Nanterre pour un siège plus modeste afin d’essayer de faire face aux échéances et aux créanciers. Et malgré cela, malgré la concurrence sur son flanc droit de l’ex-journaliste Eric Zemmour, Marine Le Pen obtient un score supérieur (23,15 %) à ceux de 2017 (17,9 %) et de 2022 (23,3 %).

Qui l’eût imaginé au début de la campagne présidentielle quand elle paraissait lasse, résignée, et qu’elle subissait les coups de boutoir de Zemmour ? L’abandon des fondamentaux qui l’avait desservie lors des régionales l’année dernière semble paradoxalement l’avoir servie cette fois-ci. La relative diabolisation du chef de Reconquête l’a recentrée, humanisée auprès du grand public. L’importance qu’elle a accordée au pouvoir d’achat, sans toutefois proposer des mesures très concrètes, ni procéder à un chiffrage convaincant, lui a manifestement apporté beaucoup de suffrages dans les milieux populaires et ruraux qui voient en Marine Le Pen une personne du peuple. Alors qu’elle est en réalité tout le contraire, qu’elle a vécu toute sa vie dans des châteaux, des manoirs et des maisons bourgeoises et qu’elle n’a jamais connu le moindre problème pour ses fins de mois. Mais elle a su avec un certain talent et une réelle démagogie donner le change. Elle passe, aux yeux de beaucoup, pour une bonne copine avec qui on aimerait boire un verre. Manifestement, les gens ne la connaissent pas en profondeur et ignorent tout de sa brutalité, de sa violence, de sa gestion exécrable et odieuse des ressources humaines, de sa tendance à traiter ses collaborateurs comme des esclaves taillables et corvéables à merci. C’est le spectre déformant des media : on peut facilement passer pour ce que l’on n’est pas. On s’est moqué ici et là dans la mouvance nationale de sa façon de mettre en avant sa proximité avec les chats qu’elle élève, son statut de femme multidivorcée vivant en colocation avec une autre femme très masculine (c’est très tendance aujourd’hui !), n’empêche que cela a payé électoralement.

Il faut se rendre compte du niveau mental, moral, intellectuel et spirituel de la plupart de nos compatriotes drogués de télévision, de téléfilms et complètement déchristianisés. Elle est parfaitement de son temps, de son époque et, à bien y réfléchir, son succès, étonnant certes à première vue, ne l’est finalement pas tant que cela. D’autant que Macron depuis cinq ans en a fait son adversaire privilégié et souhaitait d’évidence un nouveau duel avec elle. Il y a une complicité objective entre Macron et Le Pen qui se poussent du col mutuellement pour exister et dominer leur camp respectif. Lors des européennes de 2019, le président avait déjà fait du RN son adversaire principal, ce qui avait contribué à le faire monter, la liste RN conduite par Jordan Bardella arrivant en tête et obtenant 23,34 %, un score presque identique aux 23,15 % de Marine Le Pen dimanche soir. Cette fois-ci, la Macronie a veillé, en amont du scrutin, à ce que la candidate du RN ait ses signatures pour pouvoir se présenter. François Bayrou, haut-commissaire au Plan et principal allié et soutien de Macron, a donné son parrainage à Marine Le Pen, incitant de nombres maires du MODEM et sans étiquette à faire de même. Sans cette aide active et publique de la majorité présidentielle Marine Le Pen n’aurait probablement pas pu, à elle seule, obtenir les cinq cents précieux sésames. Imagine-t-on un parti favoriser à ce point un ennemi jugé implacable et véritable ? C’est impensable. La vie politique en démocratie est vraiment une comédie permanente et un perpétuel jeu de dupes. Hélas nous n’en avons pas suffisamment conscience.

SI MARINE LE PEN RIT (du moins jusqu’au dimanche de Quasimodo qu’on appelait autrefois les Pâques closes), Eric Zemmour, lui, pleure. La grenouille a voulu se faire aussi grosse que le bœuf et a finalement éclaté. Donné jusqu’à 19 % à l’automne dernier et virtuellement qualifié pour le second tour, l’ex-polémiste tombe de haut. Il était tellement catastrophé par sa performance (7,07 %) dimanche soir qu’il a refusé de répondre aux journalistes, lui qui est ordinairement si volubile. La déconvenue est de taille pour celui qui se voyait en finale et qui justifiait sa candidature par le fait que, selon lui, le RN et sa candidate étaient une machine à perdre. L’argument ressassé lui revient désormais en boomerang : il est 16 points derrière Marine Le Pen, et on voit mal désormais comment il pourrait enclencher à nouveau une dynamique en sa faveur. Sa candidature qui jouait sur la nouveauté était un fusil à un coup. Or, il a perdu. Comme quoi il ne suffit pas de remplir des salles ou d’obtenir un grand nombre de vues sur YouTube pour conquérir l’Elysée. Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 et 1990 réalisait les meilleures audiences à la télévision et pourtant il n’a jamais été élu. L’équation est bien plus compliquée que cela.

Dans son discours actant sa défaite dimanche soir, Zemmour a affirmé qu’il est à la tête du premier parti de France (120 000 adhérents officiellement) mais, à la vérité, tout cela appartient déjà au passé. Car il y aura évidemment un effet soufflé dû à l’immense déception de ses partisans. Les Français étaient nombreux à adhérer parce qu’ils croyaient en la victoire ou, à tout le moins, à un très gros score. Après un tel échec, une telle fessée, comment croire qu’ils resteront enthousiastes, mobilisés, militants ? La nature humaine est ainsi faite qu’elle s’enthousiasme vite, mais qu’elle baisse les bras tout aussi rapidement. Gageons que la plupart des adhérents de Reconquête ne reprendront pas leur carte dans quelques mois. Et les législatives s’annoncent d’ores et déjà désastreuses. Marine Le Pen ne fera évidemment aucun cadeau à Zemmour ainsi qu’à tous ceux qui l’ont quittée, y compris à sa nièce Marion Maréchal qui sort très affaiblie de cette affaire où elle avait tout à perdre et où elle a en effet beaucoup perdu. Bardella a redit sur le plateau de Cnews le lundi 11 avril au matin que naturellement le RN présenterait des candidats dans les 577 circonscriptions du pays et il n’est donc pas question de faire la moindre place, et encore moins de nouer la moindre alliance, avec les zemmouriens. Quand un adversaire agonise, en politique, on l’achève sans pitié et on ne lui fait pas du bouche à bouche. C’est l’évidence même ! Il faut être sot pour croire le contraire. L’inénarrable Robert Ménard est allé encore plus loin en affirmant que Marine Le Pen n’avait pas besoin du soutien d’Eric Zemmour et de Marion Maréchal, et même qu’on pouvait parfaitement se passer de ce genre de soutiens, plus contre-productifs et handicapants qu’autre chose, dans la perspective du second tour. On peut d’ailleurs s’étonner que le chef de Reconquête ait appelé explicitement à voter pour Marine Le Pen. Il n’aurait pas agi différemment s’il avait voulu achever son suicide. Car comment présenter des candidats aux législatives contre ceux du RN, comment appeler les électeurs à les soutenir, après avoir appelé à voter pour Marine Le Pen  lors de l’élection-reine de la Vème République ? Il pouvait très bien ne donner aucune consigne de vote, en laissant libre ses électeurs de leur choix.

On le voit, si Zemmour fut un polémiste ayant un certain talent télévisuel, le candidat se révèle finalement très insuffisant, tout en faisant preuve de suffisance. Il n’a pas été finalement si performant que cela dans les débats télévisés, face à Pécresse, à Jadot ou à Mélenchon. En réalité, il a été largement surestimé car naguère, lorsqu’il était polémiste à la télévision, il  n’avait guère de vrais contradicteurs. Son émission sur Cnews, Face à l’info, avec Christine Kelly, était pour lui une autoroute. Il pouvait parler un quart d’heure sans être contesté ni contredit. Et chez Ruquier il était également à son avantage en jouant à la mouche du coche. Dans la vraie vie, face à des contradicteurs non complaisants, il s’est révélé finalement beaucoup moins doué, habile et talentueux que ce qu’il croyait lui-même. Et beaucoup avec lui. Il a d’ailleurs péché par orgueil. Son plus récent ouvrage, La France n’a pas dit son dernier mot, n’est pas marqué par l’humilité, c’est le moins qu’on puisse dire. Il y parle sans complexe de son « triomphe à Cnews », de ses 150 déjeuners dans des restaurants parisiens huppés, il y raconte des anecdotes (souvent en off) où il se met en avant et a toujours le beau rôle. Il n’est pas pour rien un sépharade ! Avec sa maîtresse Sarah Knafo qui décidait de tout dans la campagne, de manière dictatoriale voire brutale, de l’aveu de beaucoup, ils étaient dans une tour d’ivoire. La chute est d’autant plus brutale.

Il pourrait y avoir de sérieux règlements de compte en interne. Zemmour a été une météorite, une étoile filante comme Chevènement en 2002. Son piteux échec rappelle celui de Mégret et du MNR en 2002. Il est douteux que son destin soit désormais très différent de celui de ces deux personnalités qui avaient cru pouvoir faire “turbuler” le Système et qui n’y sont dans les faits jamais parvenus. Chevènement était monté jusqu’à 14 % des intentions de vote début 2002 et il a fini péniblement à 5 % le 21 avril. Quant à Mégret, il répétait qu’avec Le Pen, et à cause du détail, la droite nationale était bloquée à 15 %, qu’avec lui elle arriverait enfin à 30 % (des affiches du MNR en 1999 montraient une voie rapide avec ce slogan : « Mégret, l’autoroute pour vos idées »). Las, l’autoroute s’est transformée en impasse, les dettes se sont accumulées, les 30 % se sont transformés en 3 % aux européennes de 1999 et en 0,3 % (30 % à l’envers) aux européennes de 2004. Et que dire de Charles Millon et de son mouvement La Droite qui, en 1998, avait compté jusqu’à 35 000 adhérents, qui remplissait les salles, dont les militants étaient pleins de ferveur et d’enthousiasme. Là aussi, en quelques mois, le soufflé est retombé ! On pourrait également citer le RPF de Pasqua après le succès de ce dernier et de Villiers aux européennes de 1999 où ils avaient obtenu plus de 13 % des suffrages, en tête des listes de droite. L’enthousiasme était palpable, le nombre au rendez-vous et pourtant, en moins d’un an, du fait de l’impossible cohabitation entre les deux hommes (Pasqua-Villiers) que tout opposait, et parce qu’il ne peut y avoir sans danger deux crocodiles dans le même marigot, tout a capoté. Zemmour apparaît comme une énième météorite dont l’échec est aussi retentissant et brutal que le succès fut fugace. Ce sont des fétus que vent emporte. Reste toujours la même question : après tant d’expériences désastreuses du même type dans notre histoire politique contemporaine, comment peut-on encore s’enthousiasmer, y croire, y consacrer du temps, de l’argent, de l’énergie ? Cela nous paraît stupéfiant. Il y a à l’évidence un manque de réflexion, de hauteur de vue, d’objectivité et de froideur de l’analyse chez beaucoup de nos camarades et de nos amis, ce qui nous laisse pantois. Pourquoi ne tire-t-on jamais les leçons du passé, de ce qui a échoué ? Pourquoi toujours recommencer les mêmes erreurs, nourrir les mêmes illusions et finir avec une semblable amertume ? Pourquoi la vie n’apprend-elle rien à tant de militants ?

Les résultats de Reconquête aux législatives seront certainement microscopiques et les dettes pourraient s’accumuler car les candidats qui n’atteignent pas 5 % des suffrages exprimés n’ont droit à aucun remboursement de l’Etat. Or, qui peut croire, dans le contexte actuel, que les candidats zemmouriens puissent atteindre ce seuil fatidique dans les circonscriptions ? Et d’ailleurs le mouvement, très jeune et sans implantation, sera-t-il capable de trouver 577 candidats, et autant de suppléants du sexe opposé, en quelques semaines vu le résultat piteux de la présidentielle ? Il est permis d’en douter sérieusement. La Reconquête s’achève en historiette. Elle finit avant d’avoir commencé. Elle est mort-née. Certes Zemmour pourra sans doute végéter pendant quelques années, comme ce fut le cas du MNR, le temps qu’il bénéficie d’une retraite à taux plein (il a 63 ans), mais on voit mal comment il pourrait demain ou après-demain retrouver une quelconque dynamique. D’autant que la marque Le Pen reste forte et que, même si elle était un jour condamnée à l’inéligibilité pour des questions judiciaires, Bardella la remplacerait efficacement sur le plan électoral, comme il l’a déjà montré lors des européennes de 2019, et même en public, puisque, lors de la réunion que Valeurs actuelles a récemment organisée, c’est ce jeune homme qui, de l’aveu de la salle, s’était montré l’orateur le plus convaincant. Et Bardella, outre sa jeunesse, aurait l’avantage de maintenir le magot électoral et financier au sein du clan Le Pen puisqu’il est le concubin de la fille de Marie-Caroline Le Pen, Nolwenn Olivier, et qu’il vit à Montretout. De ce côté-là aussi, décidément, rien ne change !

AUTRE ENSEIGNEMENT de ce scrutin, le score impressionnant de Jean-Luc Mélenchon qui, avec 21,95 %, talonne Marine Le Pen. Seules quelque 400 000 voix les séparent. Sans la candidature parfaitement inutile et parasite du communiste Fabien Roussel, scotché à 2,28 % (soit 0,35 % de plus que Marie-George Buffet en 2007 (1,93 %), tout ça pour ça !), le chef septuagénaire de la France insoumise était en finale. Mélenchon arrive en tête en Ile-de-France (30,24 %) et dans la plupart des départements de la région parisienne, à commencer par la Seine-Saint-Denis où il obtient 49,09 % des voix (les jeunes issus de l’immigration ont manifestement voté en masse pour lui). Il récolte des scores soviétiques dans beaucoup de territoires ultra-marins, aux Antilles, en Guyane, à La Réunion. Mais ce serait une erreur de croire que ses seuls soutiens sont les Français récemment naturalisés d’origine extra-européenne. Il a conquis aussi une grande part de la jeunesse française de souche, notamment dans les grandes villes qui lui accordent des scores spectaculaires.

Ce phénomène n’est pas à minimiser car s’il s’explique en partie par le talent oratoire exceptionnel de Mélenchon qui est incontestablement le dernier tribun de la classe politique française (entendre dimanche soir son discours après celui de Marine Le Pen était saisissant : elle lisait péniblement un texte écrit par d’autres, lui improvisait son discours avec une maîtrise remarquable, sans la moindre erreur syntaxique, sans aucun tic de langage, avec même un brin de poésie, c’était impressionnant !), il manifeste également une certaine dénationalisation de la jeunesse de France qui s’accommode très bien du métissage racial et culturel, de l’immigration de masse, de positions économiques marxisantes et, la déchristianisation faisant son œuvre, de propositions sociétales désastreuses (comme l’euthanasie, le suicide assisté ou l’inscription du « droit à l’avortement » dans la Constitution). Ceux, dans le camp dit national, qui pensent donc qu’on pourra lutter efficacement contre le Grand Remplacement par la voie électorale se fourvoient car il y a de nombreux Blancs, surtout dans la jeunesse, que cela ne dérange nullement, bien au contraire, tant ils sont habitués à la mixité raciale depuis le jardin d’enfants et que les publicités, les variétés, le cinéma, la mode mettent sans cesse en exergue les couples métisses. Ne pas le voir, ne pas en tenir compte est un déni du réel.

POUR LES PARTIS qui structuraient la vie politique sous la Ve, c’est la Bérézina. L’addition des candidats du PS, du PCF et des Républicains (anciennement RPR-UDF) et que Jean-Marie appelait naguère « la bande des Quatre » fait moins de 9 % : 8,81 % exactement (4,78 % pour Valérie Pécresse, 2,28 % pour le communiste Fabien Roussel et 1,75 % pour la candidate socialiste et maire de Paris Anne Hidalgo). Si ces partis disposent encore d’un nombre non négligeable d’élus locaux voire de parlementaires, qu’ils dirigent encore un certain nombre d’exécutifs au niveau municipal, départemental ou régional, ils sont en revanche en voie de disparition lors des élections nationales comme la présidentielle ou les européennes. Et on pourrait ajouter à cette liste les Verts de Yannick Jadot qui, avec 4,63 %, manque son pari et fait moins bien que Noël Mamère en 2002 qui avait, lui, franchi le seuil fatidique des 5 %. Jadot et Pécresse se retrouvent dans une situation catastrophique sur le plan financier (ayant fait moins de 5 %, ils ne seront pas remboursés) et ils ont d’ores et déjà fait un appel public aux dons. Il est toutefois douteux qu’ils récoltent des sommes astronomiques (ils leur manque quelque sept millions chacun) car ni l’un ni l’autre n’ont le vent en poupe. Lorsque Sarkozy n’avait pas été remboursé de ses frais de campagne de 2012 pour avoir dépassé le plafond des dépenses électorales autorisé, le “Sarkothon” en 2013 avait permis d’engranger onze millions d’euros. Il est impensable que Pécresse qui s’est endettée personnellement à hauteur de 5 millions d’euros (son patrimoine est estimé à 9,7 millions) et qui n’a jamais bénéficié dans cette campagne du soutien de l’ex-président de la République (Sarkozy) puisse réunir, ne fût-ce que la moitié de cette somme. Et les Républicains n’ont plus de patrimoine immobilier puisqu’ils avaient vendu leur ancien siège national et qu’ils louent celui qu’ils ont actuellement (un peu comme le RN depuis la vente du Paquebot à Saint-Cloud en 2011).

Les lendemains s’annoncent difficiles pour cette famille politique (comme d’ailleurs chez les Verts : il n’était que de voir le regard haineux de Sandrine Rousseau pendant le discours de Jadot, l’excitée piaffe de prendre sa revanche lors du prochain congrès des Verts. On souhaite bien du plaisir à Jadot !) d’autant que tout le monde, au sein de LR, n’est pas d’accord sur la stratégie à adopter. Si Pécresse, comme Barnier, Bertrand, Copé et le président du mouvement, Christian Jacob, ont dit sans ambiguïté qu’ils voteraient le 24 avril pour Macron, ce n’est pas le cas de Ciotti et d’autres élus du Sud qui ont déjà fait savoir leur refus de glisser dans l’urne un bulletin au nom du président sortant. Il sera difficile d’éviter l’implosion du parti, beaucoup de députés LR sortants brûlant de se rapprocher de la Macronie et d’obtenir son investiture dans l’espoir de sauver leurs sièges. On dit que Wauquiez serait tenté de reprendre la direction du parti mais il risque de régner sur un champ de ruines.

Qui eût imaginé que le PS et les Républicains qui ont donné plusieurs présidents au pays sous la Ve et qui ont gouverné alternativement se retrouveraient un jour dans cette situation de quasi-disparition du paysage politique ? On pensait que les 20 % de Fillon, crucifié par les affaires en 2017, était un score plancher. En réalité, le chemin de croix de la droite parlementaire ne faisait que commencer. Et il en va de même pour le PS : les 6 % de Benoît Hamon il y a cinq ans paraissait un score minimal, Hidalgo fait, elle, moins de 2 % alors même qu’elle dirige la capitale de la France ! On notera, ce qui n’était jamais plus arrivé depuis plus de 40 ans, que le PS est à ce scrutin symboliquement derrière le PC : 1,75 % contre 2,28 %.

RESTE la question du second tour. Sur le papier Marine Le Pen peut compter sur 32,28 % des suffrages (ses 23,15 % auxquels il faut ajouter les 7,07 % de Zemmour et les 2,06 % de Dupont-Aignan qui ont, l’un et l’autre, dès le dimanche soir, appelé sans ambiguïté ni réserve ni condition à voter pour elle). Macron, au moins en théorie, peut compter, en plus de ses 27,84 %, sur les 4,78 % de Pécresse, les 4,63 % de Jadot, les 1,75 % d’Hidalgo, les 2,28 % de Roussel et les 0,77 % de Poutou qui ont tous appelé publiquement à battre Marine Le Pen et donc à voter pour Macron. Ce qui fait un total de 42,05 %. Mais l’addition est évidemment contestable car nul n’est propriétaire de ses voix et il est évident que les consignes de vote ne sont jamais suivies à 100 %.  Mais il apparaît clairement que c’est l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et, dans une moindre mesure, les abstentionnistes, qui détiennent la clé du second tour. On sait que cet électorat composite, majoritairement très jeune et urbain, déteste généralement Macron jugé ultralibéral, bourgeois et insensible aux questions sociales mais en général il exècre tout autant, sinon davantage, tout ce que les media qualifient d’extrême droite.

Du rejet de Macron ou de la peur de Le Pen, quel sera le plus prégnant, le plus viscéral, le plus tripal, le plus puissant, le plus décisif au moment de voter le dimanche in albis ? De la réponse à cette question dépend l’issue du second tour. Si, comme ce fut le cas jusqu’ici, et encore lors des régionales de juin 2021 dans la région PACA où le président de région sortant, Renaud Muselier, a bénéficié au second tour d’un excellent report de la gauche au détriment de son concurrent RN Thierry Mariani, l’antifascisme fonctionne encore fortement, alors (et c’est l’hypothèse en l’état la plus probable) Emmanuel Macron sera réélu, et même avec une marge relativement confortable (par exemple autour de 55 %, ce qui le placerait dix points devant son adversaire). Si en revanche le rejet de Macron domine à gauche et que certains sont même tentés par un « vote révolutionnaire » en faveur de la candidate du Rassemblement national, alors l’élection sera vraiment indécise et Marine Le Pen pourrait même être élue d’extrême justesse, d’un cheveu, dans un trou, non de chat, mais de souris. Ce sont indubitablement les électeurs de la France insoumise qui vont, par leur vote ou leur non-vote, leur sympathie ou leur antipathie, leurs aspirations ou leurs exécrations, donner la victoire à l’un ou à l’autre des finalistes. Le débat télévisé entre les deux candidats pourrait également avoir une certaine influence, notamment sur les indécis et les hésitants. Mais, quel que soit l’heureux élu, il ne faut pas se bercer d’illusions. L’élection ne marquera en aucun cas l’acte un de la renaissance de la France.

 

Rivarol

Source : Éditorial de Rivarol,

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