5 juillet 2022

Sacrifices et lettres de nos poilus. (2/2)

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20 février 1916.

 » Je ne t’écris que quelques lignes hâtives, car je monte là-haut encourager tout le monde, voir les derniers préparatifs ; l’ordre du général Bapst que je t’envoie, la visite de Joffre hier prouvent que l’heure est proche et au fond, j’éprouve une satisfaction à voir que je ne me suis pas trompé en annonçant, il y a un mois ce qui arrive, par l’ordre du bataillon que je t’ai envoyé.

 

À la grâce de Dieu ! Vois-tu, je ferai de mon mieux et je me sens très calme. J’ai toujours eu une telle chance que j’y crois encore pour cette fois.

Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours. Mais il est certain. Notre bois aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons par un prisonnier de ce matin. Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu’ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu’à présent… Qui sait ! Mais comme on se sent peu de chose à ces heure-là ! »

Lettre d’Èmile Driant à sa femme Marcelle, la veille de sa mort. Il avait 59 ans en 1914. Militaire brillant, il avait été mis à l’index en 1905 lors de la loi de séparation des Églises et de l’État, comme nombre d’officiers catholiques. Après avoir quitté l’armée, il est élu député de Nancy et devient auteur à succès sous le nom de « Capitaine Danrit ». À l’annonce de la mobilisation, il reprend du service malgré son âge et dirige Verdun sous les ordres du général Herr. Dès 1915, il alarme le pouvoir politique et l’état-major de l’insuffisance des moyens de défense sur ce secteur, s’opposant ainsi à Joffre. Le 21 février 1916, ses 1200 chasseurs affrontent 10 000 soldats allemands. Driant est tué au combat du bois des Caures, le 22 février 1916, à la tête de ses hommes. Les troupes qu’il a commandées seront décimées à 90%.

Sur ces 1200 chasseurs, combien de valeureux Français ? La totalité sans doute, dont 90% perdront à jamais la vie pour satisfaire les caprices de la république.

 

*

Bellevue, le 29 juillet 1914.

 »Mon cher Joseph,

 

Je reçois ta lettre ce matin. Nous nous préparons tous aux pires évènements ! Je vois que tu es prêt aussi ! Espérons que le bon Dieu aura pitié de nous ; l’épreuve sera terrible, mais il n’arrivera que ce que le bon Dieu voudra. Je vous confie tous à lui, fais ton devoir, mon cher petit : c’est ce que j’écris à tous. Soyez prêts à paraître devant Dieu et purifiez votre âme avant de partir par une bonne confession. Mon pauvre Maurice m’écrit ce matin qu’ils sont prêts à Belfort à endosser leurs effets de guerre ; il s’est confessé, à fait la sacrifice de sa vie, le pauvre garçon m’a fait ses adieux… Guérin se prépare aussi. Loulou croit toujours que tout s’arrangera, mais je crains qu’il ne se trompe… En cas de mobilisation, il me laissera sa femme et son enfant ; Marguerite restera là aussi. J’ai été à Lyon mercredi. J’ai retiré tout l’argent disponible. Tout est en sureté. Mais toi ; tu me dis que tu laisses des titres dans un tiroir de ta chambre ! Il faut que tu les déposes à ton compte de la Société Générale ; c’est important ; tu ne peux pas les laisser là. Dépose aussi l’argent que tu auras de trop. À Lyon, toutes les banques étaient assiégées, surtout la Caisse d’Epargne de la rue de la bourse qui était noire de monde. Nous avons eu hier à dejeuner notre curé avec M. Dillet, qui viendra remplacer notre curé qui part aussi en cas de mobilisation. Que d’épreuves nous attendent ! Aprés la guerre, la révolution peut-être ! Enfin, à la grâce de Dieu, que sa volonté soit faite ! Qu’il renouvelle la face de la terre et sauve notre beau pays !

Adieu, mon Joseph. Je te bénis en t’embrassant toi le meilleurs des fils qui ne m’a jamais donné que des consolations. Je te confie à ton ange. Écris-moi le plus possible.

Ta mère qui t’aime. »

Jeanne de Longevialle est la veuve d’un vétéran de la guerre de 1870 mort en 1911. Elle a 4 filles et 10 fils, Robert, Joseph ( destinataire de la lettre), Louis, Jean, Albert, Antoine, André, Maurice, Guérin et Guy, tous mobilisés. Tous sont cités et décorés. 2 seront blessés et 5 seront tués, âgés de 24 à 35 ans.

Sur ses dix fils, Jeanne de Longevialle en perdra la moitié… Combien de familles françaises sacrifiées au combat pour les caprices d’une république devenue apatride ?

 

*

À nos héros Français, sacrifiés pour des caprices républicains, à jamais dans nos cœurs !

 

Article écrit par Augustin du Réveil des Moutons

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