5 juillet 2022

Washington sonne l’hallali, tandis que ses alliés se retirent par Thierry Meyssan

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L’Administration Biden sonne l’hallali, annonçant l’attaque imminente et la défaite certaine de la Russie. Pourtant, un à un, ses principaux alliés font la moue. De son côté, la Russie rappelle ses exigences du 17 décembre 2021 (le respect du Droit international par les États-Unis) et manifeste sa supériorité militaire. Le voile est sur le point de se déchirer.

Sur le devant de la scène, les États-Unis, qui refusent toujours de respecter le droit international et particulièrement la Charte des Nations unies, ont apporté des réponses dilatoires à la proposition russe de Traité garantissant la paix et font monter la tension en Ukraine. Ils ont fait monter la tension en accusant la Russie de préparer une guerre. En coulisses, Washington prépare de nouveaux théâtres d’affrontement en Transnistrie et au Moyen-Orient.

La Russie a démenti les propos US. Pour toute réponse, elle a testé sa supériorité militaire.

Réunion de la Commission moldavo-transnistrienne dans les bureaux l’OSCE à Tiraspol.

TRANSNISTRIE

Les États-Unis poursuivent le plan de la Rand Corporation et tentent d’organiser un conflit en Transnistrie. Le blocus de cette petite République indépendante, mais non reconnue, ne fonctionne pas. Malgré les gardes frontières ukrainiens mis en place par le Haut représentant de l’Union européenne, Josep Borell, la frontière moldave reste toujours ouverte. La présidente Maia Sandu, qui milite pour l’entrée de son pays dans l’Union européenne ne veut surtout pas de guerre en Transnistrie. Elle entend remplacer le contingent russe de Tiraspol par une force civile de l’OSCE et ne renonce pas à récupérer la Transnistrie.

Le samedi 12 février, les autorités transnistriennes ont demandé au chargé d’affaires US de veiller à stopper l’envoi d’armes US par des États tiers, à la Moldavie. Elles ont souligné que ces transferts menaçaient la paix et contredisaient l’esprit des accords internationaux.

Mercredi 16 février, une délégation transnistrienne s’est rendue à Moscou pour chercher de l’aide. Elle a fait valoir que l’ouverture de la frontière moldave ne tiendrait plus longtemps : l’armée moldave, encadrée par des officiers du Pentagone et de l’Union européenne se déploie dans la zone neutre, en violation des engagements internationaux.

Vendredi 18 février, une rencontre moldavo-transnistrienne (« 1+1 ») s’est tenue à Tiraspol dans les bureaux de l’OSCE. Les négociations n’ont porté que sur des détails. Il n’est plus possible de sortir avec un véhicule de Transnistrie : sa plaque minéralogique porte des symboles de la sécession. Chaque conducteur doit donc changer sa plaque à la frontière. Identiquement, il n’est plus possible d’entrer en Transnistrie avec des médicaments, même de première urgence. ceci, sans la moindre explication. Tous les médicaments sont saisis par les douanes moldaves en présence de fonctionnaires de l’Union européenne goguenards.

Sergueï Choïgou à Damas.

SYRIE ET LIBAN

C’est surtout en Syrie et au Liban que la tension monte. Depuis la fin octobre, les États-Unis et la Turquie recrutent à nouveau des jihadistes parmi ceux qui se sont installés sous leur garde à Idleb. Certains ont été envoyés en Ukraine, mais la plupart ont été engagés pour reprendre du service contre la Syrie et contre le Hezbollah libanais. Cependant, on sait que la plupart d’entre eux sont de mauvais combattants à l’exception de ceux qui restent affiliés à Al-Qaïda ou à Daesh.

Pour structurer ces soldats, la CIA a organisé l’attaque d’une prison de Hassake dans laquelle les mercenaires kurdes détenaient 3 500 membres de Daesh. Les Kurdes se sont prêtés à la mise en scène, en en profitant pour déclarer qu’il avaient besoin de plus d’armes et de soutien US pour conserver leurs prisonniers. La plupart des jihadistes se sont enfuis et ont rejoint la CIA. Puis, l’armée US, cette fois, a transféré les quelques chefs de Daesh que les Kurdes avaient récupérés vers une autre prison, dans un lieu inconnu, où… la CIA les attendait. Les apparences sont donc sauves, mais la réalité est que les États-Unis réorganisent Daesh.

Les deux visages d’Abu Mohammad al-Julani, le très fréquentable chef d’Al-Qaïda en Syrie.

 

La réorganisation d’Al-Qaïda s’est opérée de manière plus visible. Abu Mohammad al-Julani, le chef d’Al-Qaïda en Syrie, puis émir de Tahrir al-Sham, s’est relooké. Les Britanniques lui ont appris à porter un costume occidental et à parler sans menacer de couper la tête de ceux qui lui résistent. Il n’en reste pas moins le chef d’Al-Qaïda en Syrie.

C’est dans ce contexte que le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou, s’est rendu à Damas le 15 février et que son homologue des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, y est attendu lundi 21 février.

D’ores et déjà Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, a confirmé à Al-Alam TV que son réseau de Résistance avait acquis des moyens de défense antiaérienne lui permettant de protéger le Liban de l’aviation israélienne qui viole tous les jours son espace aérien. En outre, le Hezbollah a révélé avoir envoyé un drone longuement survoler Israël sans être descendu par son armée. Peu auparavant, les armées de l’air syrienne et russe avaient débuté des patrouilles au-dessus du Golan syrien illégalement occupé par Israël, sans que Tel Aviv ne réagisse.

Le secrétaire d’Etat Anthony Blinken au conseil de sécurité de l’Onu.

UKRAINE

Pour bien comprendre ce qui se joue en Ukraine, il faut revenir quelques jours en arrière. Le 11 février, le président Joe Biden a convoqué ses principaux alliés à une réunion en vidéo. Il leur a annoncé une invasion imminente de l’Ukraine par la Russie. L’agence Bloomberg a rapporté que la communauté du Renseignement la prévoyait dans la nuit du 15 au 16. Puis, le président Biden s’est adressé à la télévision à ses concitoyens. Il leur a expliqué que si la Russie attaquait, il lui en coûterait, et que les États-Unis et leurs alliés se tenaient prêts.

Avant même qu’il parle, la Russie avait annoncé retirer ses troupes de Biélorussie et à la frontière ukrainienne, ses exercices militaires étant terminés, mais Washington n’avait pas eu le temps de vérifier. Moscou assurait que des éléments de l’Otan préparaient une provocation, ce dont le Pentagone avait accusé la Russie quelques semaines auparavant. Quoi qu’il en soit, il devenait difficile pour les Alliés d’accuser Moscou d’envahir l’Ukraine.

Le 15 février, la Douma fédérale adoptait une résolution présentée par le Parti communiste (c’est-à-dire par les nationalistes) demandant au président Poutine de reconnaître l’indépendance des deux Républiques populaires de Donestsk et de Louhansk. En d’autres termes, si l’Ukraine mettait à profit le retrait militaire russe pour attaquer le Donbass, la Russie reconnaîtrait son indépendance et serait forcée d’intervenir car sa Constitution indique que son président est responsable de la vie de ses concitoyens. Or, la majorité des habitants du Donbass a une triple nationalité : ukrainienne, indépendantiste et russe.

Le même jour, le président Poutine recevait le chancelier allemand, Olaf Schlotz. Comme avec le président français Emmanuel Macron, l’entretien fut particulièrement long. Il semble que le Russe détailla à son visiteur la venue de la sous-secrétaire d’État Victoria Nuland au Kremlin. Interloqué par ce qu’il apprenait, le chancelier, comme le président français, se garda de toute déclaration anti-Russes à son retour à Berlin. Le même scénario s’est reproduit le 19 février avec le président brésilien, Jair Bolsonaro.

Dans la nuit du 15 au 16, l’armée russe n’envahit aucun État. La presse US demanda au conseiller national de sécurité Jake Sulivan d’expliquer pourquoi il avait avancé une telle date, mais celui-ci fit marche arrière et assura n’avoir jamais indiqué aucune date.

De manière inattendue, le secrétaire d’État Antony Blinken s’est rendu au Conseil de sécurité des Nations unies, le 17 février. Il accusa la Russie de « violations persistantes » des Accords de Minsk, alors que c’est Kiev qui les rejette. Il assura intervenir pour défendre « l’ordre international fondé sur des règles qui préservent la stabilité dans le monde », c’est-à-dire pas le Droit international, mais le droit des Occidentaux. Il révéla alors le plan caché du Kremlin : « La Russie envisage de fabriquer un prétexte pour son attaque. Il pourrait s’agir d’un événement violent dont la Russie fera porter le blâme à l’Ukraine, ou d’une accusation aberrante que la Russie portera contre le gouvernement ukrainien. Nous ne savons pas exactement la forme que cela prendra. Il pourrait s’agir d’un soi-disant attentat à la bombe « terroriste » à l’intérieur de la Russie, de la prétendue découverte d’un charnier, d’une frappe de drones mise en scène contre des civils ou d’une fausse — voire véritable — attaque à l’aide d’armes chimiques. Il est possible que la Russie qualifie cet événement de nettoyage ethnique ou de génocide, et fasse peu de cas d’un concept que nous ne prenons pas à la légère au sein de cette instance, et que je ne prends pas à la légère du fait du passé de ma famille ».

Le philosophe Leo Strauss enseigna à ses élèves les plus proches de créer une dictature mondiale pour se protéger d’une nouvelle Shoah. Il forma les principaux leaders du Projet pour un Nouveau siècle américain.

 

Par cette incidence, Antony Blinken faisait référence à son beau-père, Samuel Pisar, qui l’éleva à Paris. Celui-ci était un survivant de la « Solution finale de la question juive ». Mais il n’en conçut aucune haine, qu’une conscience aigüe du Mal. Il devint conseiller du président Kennedy, puis avocat international des plus grandes sociétés. Il était révolté par les propos du professeur Leo Strauss qui affirmait indispensable pour le Peuple juif d’instaurer lui-même une dictature mondiale pour échapper à une « nouvelle Shoa ». Sûrement, Samuel Pisar serait atterré devant l’évolution de son beau-fils et du groupe qu’il a formé avec son adjointe Victoria Nuland et avec le conseiller national de sécurité, Jacob Sullivan.

L’OSCE confirme que des combats ont repris au Donbass. Des éléments de l’armée ukrainienne encadrés par les États-Unis, probablement le bataillon Azov et un autre groupe, pilonnent les séparatistes. Les présidents des deux Républiques indépendantes de Donestsk et de Lougansk ont appelé leurs concitoyens à la mobilisation générale, si ce sont des hommes entre 18 et 55 ans, ou à partir se réfugier à l’étranger, pour les femmes, les enfants et les vieillards habitant à proximité de la ligne de contact militaire. La Russie a déclaré vouloir les accueillir tous. Chaque région de la Fédération annonce l’une après l’autre créer des structures pour les recevoir. L’État fédéral leur offre un petit pécule pour leur installation provisoire.

Pour le département d’État, qui a enjoint ses ressortissants de quitter l’Ukraine, ce déplacement de population est bien la preuve que Moscou va passer à l’offensive… Chaque information est interprétée de manière contradictoire par les deux parties.

Refusant de prendre parti dans ce conflit, Israël a renoncé à installer un « Dôme de fer » (défense anti-roquettes) pour le compte de Kiev contre le Donbass.

La sous-secrétaire d’Etat Victoria Nuland (épouse du fondateur du Projet pour un Nouveau siècle amércain, Robert Kagan) sillone le monde pour mettre en garde contre la Russie. Elle était cette semaine en Colombie.

 

Le 18 février, le président Biden s’adressait aux parlementaires US et à sa vice-présidente partis représenter leur pays à la Conférence sur la Sécurité de Munich. Puis il convoquait une nouvelle fois ses principaux alliés transatlantiques en vidéo-conférence. Il se félicita d’avoir retardé l’attaque russe et accusa Moscou de persister dans ses plans. Il affirma que tous les Alliés étaient prêts et que la Russie, si elle passait à l’action, verrait ce qu’elle verrait.

Le président Poutine lui a répondu en commandant une démonstration des forces nucléaires de la Fédération. Plusieurs missiles de portées différentes ont été tirés depuis le sol, un sous-marin, des navires de surface et des avions. Ils étaient chargés conventionnellement et ont tous atteint leur cible en présence d’observateurs étrangers, dont un officier US.

Les États-Unis font monter la tension en parole, la Russie en actes. À ce sujet, répétons encore une fois que les armées US ne sont pas capables de livrer une guerre de haute intensité. Si elles parviennent sans problème à détruire des pays du Tiers-monde après les avoir placés sous embargo pendant au moins une décennie, elles ne sont pas du tout prévues pour se confronter à une armée moderne. Ses principaux alliés (Royaume-Uni, France et Turquie) sont dans le même état. À titre d’exemple, le 16 février, un rapport a été présenté à Paris à la Commission de la défense nationale et des forces armées sur le délabrement de l’armée française. Les députés ont observé que compte tenu de l’état des matériels, l’armée de l’Air ne pourrait pas résister plus de cinq jours aux forces russes. Il est donc bien clair pour tous les protagonistes que l’Otan n’est absolument pas en mesure de livrer une guerre à la Russie et à la Chine.

À la surprise générale, les États-Unis ne sont pas parvenus à imposer une ambiance martiale à Munich. Les Européens étaient plutôt irrités contre les très fortes pressions de la Maison-Blanche. Lorsqu’il est intervenu, le chancelier Scholtz a parlé d’une voix monocorde, veillant à ne rien dire de compromettant. Tous dans la salle savaient qu’une enquête sur une sordide affaire à laquelle il avait été mêlé durant son mandat à la mairie de Hambourg avait été étrangement relancée. Beaucoup l’imaginait donc sous l’effet d’un chantage. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, que la Maison-Blanche avait tenté de dissuader de venir, était l’objet de toutes les attentions. Il ne cessait d’appeler à l’aide, moins face à Moscou que face à Washington.

Jake Sullivan, ancien conseiller du vice-président Biden, puis conseiller national de Sécurité du même Joe Biden une fois devenu président.

CONCLUSION PROVISOIRE

Un affrontement est toujours possible en Ukraine, ou demain en Transnistrie ou au Moyen-Orient. Mais il ne répond pas à la question initiale, posée le 17 décembre 2021 par le Kremlin : comment les États-Unis peuvent-ils se mettre en conformité avec le Droit international et le respect de la parole donnée ?

Pour la première fois, deux grands médias allemands, Der Spiegel [1] et Die Welt [2], ont montré que c’est la Russie qui a raison quant à l’interdiction d’extension de l’Otan au delà de l’Allemagne de l’Est. Citant un expert réputé de la question, le professeur adjoint Joshua Shifrinson de l’université de Boston, ces médias ont revélé l’existence d’un document daté du 6 mars 1991 juste sorti des archives secrètes du Royaume-Uni. Le représentant de l’Allemagne y déclare « Nous ne pouvons pas proposer à la Pologne et aux autres pays d’adhérer à l’Otan » et celui des États-Unis y souligne que l’Alliance ne devait pas s’étendre vers l’Est, que ce soit de manière « formelle ou informelle ». Comme si cela ne suffisait pas, l’ancien secrétaire d’Etat allemand è la Défense et ancien vice-président de l’OSCE, Willy Wimmer, a donné une interview à Russia Today, immédiatement traduite en anglais et diffusée aux USA avant de l’être en Allemagne [3]. Il y témoigne avoir participé aux négociations sur la réunification allemande et avoir lui-même rédigé le Protocole additionnel interdisant aux forces de l’Otan de stationner, une fois la réunification opérée, sur le territoire de l’ancienne Allemagne de l’Est.

Une question se pose donc : pourquoi l’administration Bien qui n’est pas soutenue par ses alliés poursuit-elle et amplifie-t-elle ses accusations contre la Russie au risque de provoquer une déflagration ? Peut-être l’enquête en cours aux États-Unis du procureur spécial John Durnham sur l’affaire des écoutes de la Maison-Blanche précipite-t-elle les choses. Selon Fox News [4], le procureur soupçonne Hillary Clinton d’avoir espionné le président Donald Trump à la Maison-Blanche et à son domicile en interceptant toutes ses données de navigation internet. Cette opération aurait été organisée par son conseiller de politique étrangère, « Jake » Sullivan, actuel conseiller national de Sécurité. C’est sur la base de ces données illégalement interceptées et manipulées que le Congrès avait ouvert une procédure de destitution, le RussiaGate.

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